Chaque année, une partie non négligeable des médicaments prescrits en France n'est jamais consommée : elle finit rapportée en pharmacie, parfois jetée, alors qu'elle a déjà été remboursée. Une étude conjointe des autorités sanitaires et de l'Assurance maladie vient de mesurer précisément ce gaspillage et, surtout, d'en chiffrer le coût pour les organismes qui financent le système de santé. Pour les assurés comme pour les complémentaires santé, cette facture n'est pas anodine : elle pèse, en creux, sur ce que chacun paie pour se soigner.
Les faits
Selon les chiffres relayés par la Mutualité Française, 7 675 : c’est le volume de médicaments non utilisés (MNU), en tonnes, rapportés en pharmacie et collectés en France en 2024. Bien qu’en diminution, il reste particulièrement élevé. Au-delà de ce qui est effectivement rapporté en pharmacie, l'estimation du stock dormant dans les foyers français est plus impressionnante encore : « Gisement » : estimation du nombre de médicaments non utilisés détenus par les particuliers : 9 960 tonnes en 2024.
Ces chiffres proviennent de un article publié par la Mutualité Française sur le gaspillage médicamenteux. Ce constat résulte d’une étude de l’Agence nationale de la sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et de l’Assurance maladie, en collaboration avec Cyclamed. Intitulée PERIMED (PERImés et gaspillage MEDicamenteux), elle a été menée entre avril et juillet 2025 sur 2 944 contenants, soit 32 789 unités et 85 kg d’échantillons, représentant 1 123 spécialités différentes. Source : Etude PERIMED 2025- ANSM, Assurance maladie et Cyclamed, juin 2026
Point notable de cette étude : Ainsi, 40 % des médicaments collectés ne sont pas périmés au moment de leur retour en pharmacie. Autrement dit, une part significative de ce gisement aurait pu être encore utilisée si les traitements avaient été mieux ajustés aux besoins réels des patients.
Mise en perspective
Les MNU sont à prescription médicale obligatoire pour 69 % des unités retournées, et quatre classes thérapeutiques représentent à elles seules 80 % des volumes, à savoir le système respiratoire (25 %), le système digestif et métabolisme (21 %), le système nerveux (21 %) ainsi que le système cardiovasculaire (13 %). Sur le terrain, les médicaments les plus fréquemment retournés sont les antalgiques (paracétamol, tramadol), les laxatifs (macrogol, lactulose) et les antibiotiques (amoxicilline, amoxicilline/acide clavulanique).
Plusieurs facteurs expliquent ce non-usage. D'une part, des conditionnements inadaptés au regard des durées réelles de traitement, durées de conservation courtes pour certains produits courants (paracétamol, ibuprofène, antidiarrhéiques). D'autre part, des prescriptions anticipées ou excessives et difficultés en termes d’observance par les patients. Ces éléments dessinent un phénomène structurel, ancré dans les pratiques de prescription et de consommation, plus que dans un comportement isolé.
Ce que ça change pour vous
Au-delà des tonnages, c'est le volet financier de cette étude qui concerne le plus directement les assurés et les organismes complémentaires : chaque année, 517 millions d’euros sont pris en charge par l’Assurance maladie obligatoire pour des médicaments finalement non consommés, dont 278 millions pour des produits non périmés et donc encore utilisables. Mais ce montant ne représente qu'une partie de la facture totale : Le rapport estimant le montant remboursable global à 699 millions d’euros, cela implique que plus de 180 millions d’euros sont supportés par les organismes complémentaires et les assurés.
Autrement dit, sur chaque médicament remboursé mais jamais consommé, la part non couverte par le régime obligatoire retombe sur les mutuelles et, in fine, sur les cotisants — un mécanisme à rapprocher des transferts de charges déjà annoncés vers les complémentaires santé pour les prochaines années. Ce gaspillage vient s'ajouter aux autres postes de dépenses qui pèsent sur le marché des assurances santé et prévoyance, déjà sous tension.
La Mutualité Française reste toutefois prudente sur l'ampleur réelle du phénomène : Cette estimation est minimaliste car elle ne tient compte ni des prix en vigueur au moment de la délivrance, ni des honoraires de dispensation versés aux officinaux. Le coût final réellement supporté par les complémentaires pourrait donc être encore supérieur à ce que révèlent les chiffres détaillés publiés par la Mutualité Française. Pour les lecteurs qui s'interrogent sur le niveau de leurs cotisations, ce facteur de gaspillage est un rappel utile de l'intérêt à comparer les garanties et les tarifs des mutuelles santé disponibles sur le marché.
Perspectives
Face à ce constat, Pour réduire ce gaspillage et améliorer le bon usage du médicament, il faut donc agir sur la pertinence des prescriptions, la taille des conditionnements ainsi que sur le comportement des assurés. La Mutualité Française précise cependant que Ces leviers d’efficience ne supposent ni taxation supplémentaire des contrats santé, ni transfert de charges.
Ce type d'optimisation rejoint d'autres efforts engagés sur les dépenses de l'Assurance maladie, comme la lutte contre la fraude récemment détectée et stoppée ou les constats dressés par le rapport conjoint sur la fraude à l'assurance maladie. Autant de leviers d'efficience qui, sans peser sur les cotisations des assurés, pourraient contribuer à limiter la progression des dépenses de santé supportées par les organismes complémentaires.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'étude PERIMED sur les médicaments non utilisés ?
Ce constat résulte d’une étude de l’Agence nationale de la sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et de l’Assurance maladie, en collaboration avec Cyclamed. Intitulée PERIMED (PERImés et gaspillage MEDicamenteux), elle a été menée entre avril et juillet 2025 sur 2 944 contenants, soit 32 789 unités et 85 kg d’échantillons, représentant 1 123 spécialités différentes.
Qui supporte financièrement le coût des médicaments non utilisés ?
chaque année, 517 millions d’euros sont pris en charge par l’Assurance maladie obligatoire pour des médicaments finalement non consommés, dont 278 millions pour des produits non périmés et donc encore utilisables. Le rapport estimant le montant remboursable global à 699 millions d’euros, cela implique que plus de 180 millions d’euros sont supportés par les organismes complémentaires et les assurés.
Comment réduire le gaspillage médicamenteux selon la Mutualité Française ?
Pour réduire ce gaspillage et améliorer le bon usage du médicament, il faut donc agir sur la pertinence des prescriptions, la taille des conditionnements ainsi que sur le comportement des assurés. Ces leviers d’efficience ne supposent ni taxation supplémentaire des contrats santé, ni transfert de charges.
Sources officielles
- Médicaments non utilisés : le gaspillage reste élevé — Mutualité Française