La Médiation de l'Assurance vient de publier son rapport annuel, qui dresse le bilan des litiges entre les assurés et les compagnies d'assurance adhérentes au dispositif. Un enseignement retient particulièrement l'attention : la place croissante qu'y occupent les contrats de complémentaire santé. Explications, chiffres à l'appui, et rappel de la marche à suivre pour saisir ce médiateur indépendant et gratuit.
Les faits
La Médiation de l'Assurance est l'organisme indépendant chargé d'examiner, à titre gratuit, les litiges entre les particuliers et les compagnies d'assurance adhérentes qui n'ont pas trouvé d'issue à l'amiable directement avec leur assureur. Elle intervient aussi bien sur les contrats d'assurance de personnes (santé, prévoyance, vie) que sur les assurances de biens (auto, habitation). Son rôle n'est pas de trancher au nom de la loi comme le ferait un tribunal, mais de proposer une solution équilibrée, acceptée ou refusée librement par les deux parties, dans un délai généralement plus court et sans frais de procédure pour l'assuré.
Dans son rapport annuel, l'institution indique avoir reçu 46 830 saisines reçues, un volume en hausse de + 28 % par rapport à l'exercice précédent. Sur ce total, 45 % ont été jugées recevables, soit 20 850 dossiers effectivement instruits par les équipes de la médiation, une progression de + 27 % sur la même période. Selon le rapport annuel publié par La Médiation de l'Assurance, ce sont au total 45 260 consommateurs engagés dans une médiation sur l'année.
Concrètement, ces dossiers recevables ont donné lieu à 9 111 propositions de solution émises, débouchant sur 5 112 règlements amiables entre assurés et assureurs. Pour traiter ce volume, la Médiation de l'Assurance s'appuie sur 130 collaborateurs et fédère 30 000 professionnels adhérents au dispositif, comme le détaille la page chiffres-clés de l'institution.
Mise en perspective
Au-delà de la progression générale des saisines, le rapport pointe une dynamique particulière sur un segment précis du marché : la complémentaire santé. Le Médiateur le souligne noir sur blanc : Nous notons d'ailleurs une vive croissance des saisines à propos des contrats santé : +56 % sur un an à l'été 2026.
Ce n'est pas un phénomène isolé : dans la catégorie de l'assurance de personnes, les contrats d'assurance emprunteur, de prévoyance et de complémentaire santé restent les principales sources de litiges en assurance de personnes traités par la Médiation de l'Assurance, avec plus de 70 % des saisines recevables en 2025 à eux trois. Une proportion qui, pour la part propre aux contrats santé, interroge sur ce qui, dans ces contrats, génère autant d'incompréhensions entre assurés et assureurs.
Le rapport avance plusieurs pistes d'explication. D'abord, une question de vocabulaire et d'articulation entre régimes : Les remboursements des assureurs santé sont en général complémentaires de ceux de la Sécurité sociale. Cette architecture à deux étages, entre régime obligatoire et complémentaire, nourrit une partie des incompréhensions sur ce qui reste effectivement à la charge de l'assuré. Nos lecteurs peuvent d'ailleurs consulter notre décryptage des planchers de remboursement imposés aux contrats responsables pour mieux comprendre ces règles.
Ensuite, la définition même de certaines notions contractuelles varie d'un assureur à l'autre. Le rapport le note explicitement : La définition d'un accident varie d'un contrat à l'autre sur le marché. Cette hétérogénéité complique la tâche de l'assuré, qui ne peut se fier à une définition unique et universelle d'un contrat à l'autre. Le sujet dépasse d'ailleurs la seule Médiation de l'Assurance : Le sujet a été évoqué en 2025 dans le cadre du Comité consultatif du secteur financier (CCSF) présidé par Catherine Julien-Hiebel et les débats sont en cours pour clarifier et simplifier ce qui peut l'être, notamment sur les divergences de définition de l'invalidité entre la Sécurité sociale et les assureurs.
Enfin, le Médiateur pointe aussi un facteur comportemental du côté des compagnies elles-mêmes. Il l'écrit sans détour : Les assureurs attendent trop souvent que la Médiation soit saisie pour transiger, un constat qui explique en partie pourquoi tant de litiges santé, qui auraient pu se régler directement avec le service client, remontent jusqu'à ce recours de dernier ressort.
Ce que ça change pour vous
Face à un désaccord avec sa complémentaire santé — remboursement contesté, exclusion de garantie invoquée, résiliation jugée abusive — l'assuré n'est pas démuni. La Médiation de l'Assurance constitue un recours amiable, gratuit et indépendant, ouvert une fois que les voies de réclamation internes à l'assureur ont été épuisées sans résultat satisfaisant. Concrètement, il s'agit d'adresser d'abord une réclamation écrite au service dédié de son assureur ou de sa mutuelle ; ce n'est qu'en l'absence de réponse satisfaisante, ou après une réponse défavorable persistante, que la saisine du Médiateur devient pertinente.
Avant d'en arriver là, plusieurs réflexes permettent d'éviter que le litige ne s'enlise. Il est utile de bien connaître ses droits en cas de désaccord ou de résiliation avec sa mutuelle santé, de vérifier systématiquement l'immatriculation de son assureur ou de son courtier auprès de l'ORIAS, et de conserver une trace écrite de chaque échange avec l'assureur. Pour les assurés qui envisagent de changer de complémentaire santé plutôt que de rester dans un contrat source de litiges récurrents, il peut être utile de comparer les offres d'assurance santé disponibles sur le marché.
Le rapport rappelle par ailleurs que le contexte tarifaire des complémentaires santé fait lui-même l'objet d'un encadrement réglementaire spécifique, que nous détaillons dans notre article sur l'encadrement des cotisations des mutuelles santé. Pour une vision d'ensemble des garanties, plafonds et exclusions propres à ce type de contrat, notre guide thématique sur la mutuelle santé détaille les points de vigilance à connaître avant de signer.
Perspectives
Cette progression concentrée sur la santé, dans un contexte où les saisines globales de la Médiation de l'Assurance progressent déjà nettement, interroge la lisibilité des contrats de complémentaire santé pour le grand public. Le rapport identifie lui-même des pistes de simplification : l'harmonisation des définitions contractuelles, débattue au sein du CCSF, ou l'incitation faite aux assureurs à traiter les réclamations en amont plutôt que de laisser le contentieux remonter jusqu'à la médiation.
Pour l'assuré, ces travaux institutionnels ne produiront leurs effets que progressivement. En attendant, mieux connaître le fonctionnement du recours à la Médiation de l'Assurance — et les motifs qui, année après année, y conduisent le plus grand nombre de dossiers santé — reste le meilleur moyen de faire valoir ses droits sans attendre une clarification réglementaire encore en cours de discussion.
Cette dynamique invite aussi les assurés à devenir plus vigilants au moment même de la souscription, plutôt que de découvrir a posteriori les zones grises d'un contrat. Comparer les garanties, les exclusions et les délais annoncés avant de signer permet souvent d'éviter le litige plutôt que d'avoir à le résoudre une fois survenu. C'est également l'un des angles morts que pointe, en creux, ce rapport annuel : une partie des saisines santé aurait pu être évitée par une information contractuelle plus claire dès l'origine, un objectif que partagent aussi bien les associations de consommateurs que la profession elle-même.
Questions fréquentes
La Médiation de l'Assurance est un organisme indépendant qui examine gratuitement les litiges entre les assurés et les compagnies d'assurance adhérentes, lorsque la réclamation adressée directement à l'assureur n'a pas abouti.
Le rapport annuel de la Médiation de l'Assurance pointe la complexité des remboursements complémentaires à la Sécurité sociale et l'hétérogénéité des définitions contractuelles (comme celle du mot « accident ») d'un assureur à l'autre, deux sources récurrentes d'incompréhension pour les assurés.
La saisine intervient après une réclamation écrite restée sans réponse satisfaisante auprès du service client de son assureur ou de sa mutuelle. Ce recours amiable et gratuit ne se substitue pas à cette démarche préalable, mais prend le relais lorsqu'elle échoue.