Illustration : Fraude à l'Assurance maladie : 723 M€ détectés et stoppés en 2025
Mutuelle Sante

Fraude à l'Assurance maladie : 723 M€ détectés et stoppés en 2025

723 millions d'euros de fraudes détectées et stoppées en 2025 : qui fraude, pour quels montants, et pourquoi votre complémentaire santé est concernée.

La fraude aux remboursements de santé est un sujet dont on parle souvent en gros chiffres et rarement en détail. La Mutualité Française, fédération qui représente les mutuelles santé, est revenue fin juillet sur le bilan annuel de détection publié par l'Assurance maladie — un montant record. Derrière le chiffre, une réalité plus nuancée : ce ne sont pas les mêmes acteurs qui font le nombre de dossiers et le montant du préjudice. Et une évolution législative récente vient rapprocher, sur ce terrain, régime obligatoire et complémentaires santé.

Ce que dit le bilan annuel

Le point de départ est un chiffre. Dans l'actualité qu'elle consacre au sujet, la Mutualité Française retient que 723 millions : c'est le montant de fraudes détectées et stoppées par l'Assurance maladie en 2025, soit une hausse de 15 % par rapport à 2024.

Ce résultat s'inscrit au-dessus de la cible que s'était fixée l'organisme : selon le bilan publié sur son site, ce résultat dépasse largement l'objectif fixé (550 millions d'euros). La progression n'est pas non plus un accident de parcours : depuis 2021, les résultats de la lutte contre la fraude de la branche maladie ont triplé.

Une précision de lecture s'impose ici, car elle est régulièrement source de confusion. Ces montants mesurent la fraude détectée et stoppée, pas la fraude commise. Une hausse traduit donc d'abord un renforcement des moyens de contrôle et une amélioration des outils de repérage — pas nécessairement une explosion des comportements frauduleux. C'est le même raisonnement qui s'applique à toute statistique de détection, quel que soit le domaine.

Qui fraude, et pour quels montants

La répartition est le point le plus instructif du bilan, et le plus contre-intuitif. D'un côté, le nombre de dossiers : les assurés sont à l'origine de plus de la moitié des fraudes détectées, mais ces fraudes ne représentent que 16 % du préjudice global constaté. De l'autre, les montants : les professionnels et établissements de santé pèsent 28 % du nombre de fraudes mais 73 % du montant global.

Autrement dit, la fraude des assurés est nombreuse mais unitairement modeste — une fausse déclaration, un justificatif arrangé, un maintien de droits indu. La fraude professionnelle est plus rare en nombre de cas, mais chaque dossier porte sur des sommes bien supérieures, parce qu'elle est adossée à une activité de facturation répétée.

Les foyers identifiés sont chiffrés. Sur les arrêts de travail, l'Assurance maladie fait état d'un montant de fraudes stoppées de 49 millions d'euros, pour un volume en progression : plus de 9 700 dossiers ont été identifiés en 2025, contre 8 400 en 2024. Sur les structures de soins, l'Assurance Maladie a stoppé 138 millions d'euros de fraudes dans les centres de santé, avec une conséquence administrative durable : 74 centres de santé ont été déconventionnés depuis 2023. Deux autres secteurs ressortent nettement, parmi les audioprothésistes (86 millions d'euros) et chez les transporteurs sanitaires (62 millions d'euros).

Ce dernier segment fait par ailleurs l'objet d'un suivi spécifique de la juridiction financière. Dans son rapport annuel sur l'application des lois de financement de la sécurité sociale, la Cour des comptes évalue pour les transports de patients des erreurs et fraudes (640 M€ estimés en 2024) — un périmètre plus large que la seule fraude intentionnelle, puisqu'il inclut les erreurs de facturation.

💡 Conseil

Vos relevés de remboursement, consultables depuis votre compte en ligne, listent les actes facturés en votre nom. Les parcourir de temps en temps permet de repérer un acte que vous n'avez pas reçu — situation qui relève souvent d'une erreur, parfois d'un usage frauduleux de votre numéro de sécurité sociale.

Comment la fraude est repérée

La détection repose d'abord sur des moyens humains. L'organisation décrite comprend 1 700 agents dédiés et 60 enquêteurs répartis dans six pôles interrégionaux, ces derniers étant spécialisés dans les dossiers à dimension pénale.

S'y ajoute une dimension technologique en montée en charge. Le bilan mentionne des outils en cours d'expérimentation, utilisant l'intelligence artificielle, permettant par exemple de : repérer des facturations d'aides auditives suspicieuses. Le principe est celui du ciblage statistique : au lieu de contrôler au hasard, on identifie les profils de facturation atypiques au sein d'une profession, puis on vérifie les dossiers signalés. C'est cette bascule méthodologique qui explique en grande partie la progression des résultats.

Le nouveau cadre d'échange avec les complémentaires

L'élément que met en avant la Mutualité Française n'est pas le chiffre mais le cadre juridique. La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales organise désormais une circulation d'informations entre régime obligatoire et organismes complémentaires. Le code de la sécurité sociale prévoit ainsi la transmission, lorsqu'une fraude est constatée, de le nom et les coordonnées des organismes d'assurance maladie complémentaire concernés ainsi que toute information qu'ils détiennent sur le préjudice causé à ces organismes par la fraude constatée.

Concrètement, cela répond à une difficulté ancienne. Un acte facturé frauduleusement est remboursé en deux temps : une part par l'Assurance maladie, une part par la complémentaire santé. Jusqu'ici, la détection d'un côté ne se communiquait pas mécaniquement à l'autre, si bien qu'une fraude identifiée par le régime obligatoire pouvait rester non recouvrée côté mutuelle. La fédération indique de son côté que la Mutualité Française a porté et soutenu cette disposition qui doit contribuer à renforcer la détection, et estime que la coopération renforcée entre l'assurance maladie obligatoire et les organismes complémentaires devrait améliorer l'efficacité du dispositif. Ce cadre s'ajoute aux évolutions réglementaires que nous suivons dans notre rubrique consacrée aux démarches et à la réglementation des contrats de complémentaire santé.

Pourquoi cela concerne votre mutuelle

Le lien avec votre contrat passe par la structure de financement des soins. Les travaux de la DREES sur la consommation de soins et de biens médicaux montrent que la Sécurité sociale et l'État en financent 79,4 %, soit 202 milliards d'euros, tandis que les organismes complémentaires en prennent en charge 12,8 %, soit 33 milliards d'euros. La complémentaire n'est donc pas un acteur marginal du circuit : elle paie environ un huitième de la dépense, et elle est exposée aux mêmes facturations que le régime obligatoire.

Le mécanisme de cette exposition, c'est le ticket modérateur. La définition officielle est simple : le ticket modérateur est la partie de vos dépenses de santé qui reste à votre charge une fois que l'Assurance Maladie a remboursé sa part. Et c'est précisément cette part que votre contrat prend en charge : si vous avez une mutuelle (ou complémentaire santé), elle peut vous rembourser tout ou une partie du ticket modérateur si le contrat que vous avez choisi le prévoit. Pour les bénéficiaires du dispositif d'aide, la règle est plus favorable encore — si vous bénéficiez de la Complémentaire santé solidaire, le ticket modérateur est entièrement pris en charge, un dispositif dont nous avons détaillé les conditions d'accès élargies cette année.

Une facture frauduleuse suit donc les deux canaux : elle ponctionne le régime obligatoire et la complémentaire dans les mêmes proportions qu'un acte réel. C'est la raison pour laquelle le sujet dépasse la seule sphère publique, et rejoint les équilibres que nous documentons sur les transferts de charges annoncés vers les complémentaires santé.

⚠️ Attention

Votre carte Vitale et votre numéro de sécurité sociale sont des données sensibles. Ne les communiquez pas en réponse à un appel, un SMS ou un courriel non sollicité : l'usurpation d'identité sociale est l'un des vecteurs par lesquels des actes peuvent être facturés à votre nom sans que vous en ayez connaissance.

Ce que ça change pour vous

Pour un assuré, l'effet direct de ce bilan est limité à court terme : il ne modifie ni vos garanties, ni le montant de votre cotisation. Trois points pratiques méritent cependant l'attention.

Le premier est la vérification périodique de vos décomptes, côté régime obligatoire comme côté complémentaire. Un acte inconnu peut relever d'une erreur de saisie, d'une confusion de dossier ou d'un usage indu de votre identifiant ; dans tous les cas, le signaler à votre caisse permet de corriger. Le second est la vigilance sur les propositions de prise en charge qui vous seraient présentées comme « intégralement remboursées, sans avance de frais » dans des secteurs à forte marge, notamment l'équipement auditif ou optique : le montant du reste à charge annoncé doit toujours correspondre aux garanties écrites de votre contrat, consultables dans votre tableau de garanties.

Le troisième est simplement de connaître le contenu réel de votre couverture. Une part importante des incompréhensions sur les remboursements vient d'une méconnaissance des niveaux de prise en charge poste par poste — hospitalisation, optique, dentaire, audiologie. Un examen attentif de ce que couvrent effectivement vos garanties de soins, et le cas échéant une comparaison avec les niveaux de cotisation pratiqués sur le marché, restent les démarches les plus utiles. Un point d'ensemble sur le fonctionnement de la complémentaire santé permet de replacer ces éléments les uns par rapport aux autres.

Questions fréquentes

Le bilan retient que 723 millions : c'est le montant de fraudes détectées et stoppées par l'Assurance maladie en 2025, soit une hausse de 15 % par rapport à 2024. Ce montant se situe au-dessus de la cible que l'organisme s'était fixée, puisque ce résultat dépasse largement l'objectif fixé (550 millions d'euros).

En nombre de dossiers oui, en montant non. Les assurés sont à l'origine de plus de la moitié des fraudes détectées, mais ces fraudes ne représentent que 16 % du préjudice global constaté. À l'inverse, les professionnels et établissements de santé représentent 28 % du nombre de fraudes mais 73 % du montant global, parce que chaque dossier porte sur des volumes de facturation plus importants.

Le dispositif légal vise la transmission d'informations relatives à une fraude constatée, et non un accès général aux données de santé. Le texte prévoit la communication de le nom et les coordonnées des organismes d'assurance maladie complémentaire concernés ainsi que toute information qu'ils détiennent sur le préjudice causé à ces organismes par la fraude constatée. L'objectif est de permettre à l'organisme complémentaire lésé de recouvrer sa part du préjudice.

Le ticket modérateur est la partie de vos dépenses de santé qui reste à votre charge une fois que l'Assurance Maladie a remboursé sa part. Il peut être couvert par votre contrat : si vous avez une mutuelle (ou complémentaire santé), elle peut vous rembourser tout ou une partie du ticket modérateur si le contrat que vous avez choisi le prévoit. Et si vous bénéficiez de la Complémentaire santé solidaire, le ticket modérateur est entièrement pris en charge.

Sur la consommation de soins et de biens médicaux, les organismes complémentaires prennent en charge 12,8 %, soit 33 milliards d'euros, quand la Sécurité sociale et l'État en financent 79,4 %, soit 202 milliards d'euros. Le solde correspond au reste à charge supporté directement par les ménages.

Signalez-le à votre caisse d'assurance maladie, depuis votre compte en ligne ou par téléphone, en indiquant la date et la nature de l'acte contesté. La plupart de ces situations relèvent d'une erreur administrative et se corrigent simplement. Prévenez également votre complémentaire santé si elle est intervenue sur le remboursement, afin que sa part soit régularisée.

Sources officielles