Illustration : Remboursements de soins : la hausse de +4,5 % décryptée pour les assurés
Mutuelle Sante

Remboursements de soins : la hausse de +4,5 % décryptée pour les assurés

L'Assurance Maladie a publié son bilan des remboursements de soins à fin juin 2026. Quels postes de soins tirent la hausse, comment se répartit une dépense de santé entre Sécurité sociale et complémentaires, et ce que cela signifie pour votre reste à charge.

Fin juillet, l'Assurance Maladie a publié son point d'étape sur les remboursements de soins du régime général arrêtés à la fin du mois de juin. Ce communiqué, technique en apparence, en dit long sur la trajectoire des dépenses de santé en France : certains postes de soins progressent nettement plus vite que d'autres, avec une explication propre à chacun. Comprendre cette dynamique aide à mieux lire ce qui reste à votre charge une fois la part de la Sécurité sociale versée, et pourquoi les cotisations de mutuelle suivent, avec retard, la même trajectoire. Cet article décrypte poste par poste ce qui tire la hausse, situe la place de la Sécurité sociale et des mutuelles dans le financement des soins, puis détaille les mécanismes de reste à charge du quotidien.

Les faits : une hausse de 4,5 % sur douze mois, tirée par plusieurs postes de soins

Fin juillet, l'Assurance Maladie a publié son communiqué sur l'évolution des dépenses de santé remboursées par le régime général. Chiffre central : les remboursements de soins du régime général évoluent de +4,5 % sur les douze derniers mois à fin juin 2026. Sur le seul mois de juin, les dépenses de soins de ville augmentent de 2,5 % par rapport à juin 2025, et de 3,9 % sur les douze derniers mois. Pour l'ensemble des soins médicaux et dentaires, les remboursements augmentent de 1,1 % en juin 2026 et de 3,8 % en rythme annuel — une moyenne qui cache des écarts marqués selon les professions de santé.

Médecins et dentistes

Côté généralistes, les remboursements des soins des médecins généralistes reculent de 0,6 % en juin 2026 et de 0,7 % sur les six premiers mois de l'année, mais progressent de +3,3 % en rythme annuel, une dynamique attribuée à la revalorisation de la consultation à 30 € intervenue en décembre 2024. Les spécialistes progressent plus régulièrement : +1,6 % en juin 2026 et +3,0 % sur les six premiers mois de l'année. Chez les dentistes, les remboursements augmentent de 1,7 % en juin 2026 et de 2,8 % sur les six premiers mois (+4,3 % sur douze mois), en lien avec des revalorisations intervenues début 2025.

Auxiliaires médicaux, la plus forte dynamique

Les remboursements de soins d'auxiliaires médicaux augmentent de 3,8 % en juin 2026, de 4,0 % sur les six premiers mois de l'année, et de +3,9 % en rythme annuel. Le détail par profession le confirme : les infirmiers progressent de 1,6 % en juin 2026, de 2,6 % sur le début de l'année, et de +2,8 % sur douze mois, tandis que la masso-kinésithérapie bondit de 7,4 % en juin 2026 et de 5,8 % sur les six premiers mois (+5,1 % sur un an), une évolution qui reflète notamment une revalorisation tarifaire intervenue en janvier. La biologie médicale progresse aussi fortement : +5,2 % en juin 2026, +4,3 % depuis le début de l'année, +3,1 % sur les douze derniers mois.

À l'inverse, certains postes ralentissent : les remboursements de transports augmentent de 0,4 % en juin 2026 mais diminuent légèrement en rythme annuel (-0,5 %). Les indemnités journalières ralentissent aussi, pour une raison réglementaire : elles augmentent de 1,6 % en juin 2026, de 2,1 % sur les six premiers mois (+2,9 % sur douze mois), une dynamique ralentie par l'abaissement du plafond des revenus d'activité pris en compte pour leur calcul, de 1,8 à 1,4 fois le Smic depuis le 1er avril 2025.

Médicaments, dispositifs et hôpital

Le médicament reste l'un des postes les plus dynamiques : en juin 2026, les remboursements de médicaments évoluent de +3,6 % sur un mois, +5,1 % depuis le début de l'année, et +5,8 % sur douze mois. Les dispositifs médicaux suivent une trajectoire comparable : les remboursements au titre de la LPP évoluent de +2,8 % en juin 2026, +3,8 % depuis le début de l'année, et +4,3 % sur douze mois. Côté hospitalier, sur les douze derniers mois, les versements aux établissements de santé progressent de +5,7 % pour le public contre +2,8 % pour le privé. Au global, au total, y compris forfaits, les dépenses du régime général augmentent de 5,7 % en rythme annuel.

Mise en perspective : qui finance quoi dans une dépense de santé

Derrière cette hausse des remboursements se dessine une question plus large : qui paie, au juste, une dépense de santé en France ? Selon la dernière étude consolidée de la DREES, portant sur l'année 2022 : la Sécurité sociale a financé 187,6 milliards d'euros de prestations en 2022, soit 79,6 % de la consommation de soins et de biens médicaux (CSBM), ce qui en fait de loin le premier financeur. Toujours en 2022, les organismes complémentaires financent 12,6 % de la CSBM, une part restée en retrait de son niveau d'avant-crise sanitaire après le creux de 2020. Au final, 7,2 % des dépenses de santé restent directement à la charge des ménages en 2022, une fois déduites les parts de la Sécurité sociale, des complémentaires santé et de l'État.

Cette répartition, datée de 2022, éclaire ce qui se joue quand les dépenses remboursées progressent vite : une partie se répercute sur les complémentaires, qui interviennent sur le remboursement des soins non intégralement couverts par l'Assurance Maladie. Nous avions détaillé ce mécanisme dans notre article sur les transferts de charges vers les complémentaires santé attendus en 2027, une trajectoire que la CNAM a intégrée à son rapport Charges et Produits pour 2027.

Ce que ça change pour vous

Au quotidien, cette progression des dépenses se traduit par des mécanismes de reste à charge que tout assuré rencontre. Le premier est le ticket modérateur : il désigne la partie des dépenses de santé qui reste à la charge de l'assuré une fois que l'Assurance Maladie a versé sa part. Exemple : pour une consultation à 30 € chez un généraliste conventionné secteur 1, l'Assurance Maladie rembourse 19 € (70 % moins la participation forfaitaire de 2 €), laissant 9 € de ticket modérateur à la charge du patient.

À ce ticket modérateur s'ajoute la participation forfaitaire : initialement fixée à 1 €, elle s'élève à 2 € depuis le 15 mai 2024 ; elle est plafonnée à 8 € par jour pour un même professionnel de santé et à 50 € par an et par assuré. Ne pas la confondre avec un second dispositif au nom voisin : la participation forfaitaire de 32 € s'applique aux actes dont le tarif est supérieur ou égal à 120 € ou ayant un coefficient supérieur ou égal à 60 — un forfait distinct, détaillé sur la page dédiée de l'Assurance Maladie.

Sur les médicaments, actes paramédicaux et transports sanitaires s'appliquent des franchises médicales : depuis 2008, elles s'appliquent aux médicaments (1 € depuis le 31 mars 2024, contre 0,50 € auparavant), aux actes paramédicaux (1 € également) et aux transports sanitaires (4 € contre 2 € auparavant), avec un plafond : 50 € par personne et par année civile pour l'ensemble des actes ou prestations concernés. En cas d'hospitalisation, le forfait journalier hospitalier s'élève à 20 € par jour dans le cas général et à 15 € en cas d'hospitalisation en service de psychiatrie.

C'est la somme de ces restes à charge que la complémentaire santé a vocation à couvrir, dans les limites du contrat souscrit et des planchers imposés aux contrats responsables. Plus les dépenses progressent sur des postes comme la masso-kinésithérapie ou les médicaments, plus le volume à couvrir par les complémentaires suit une pente comparable — un facteur des cotisations observées ces dernières années. Notre comparatif des prix des mutuelles santé permet de suivre cette évolution poste par poste.

Perspectives

Cette dynamique n'est pas figée : elle continue d'alimenter les débats sur le partage du financement entre Sécurité sociale, complémentaires santé et ménages. Nous avions par ailleurs documenté comment les dépassements d'honoraires pèsent sur l'accès aux soins, un facteur qui interagit avec la progression observée sur certains postes de spécialistes. Le communiqué de l'Assurance Maladie ne comporte aucune projection chiffrée pour la suite de 2026 : les données publiées portent uniquement sur les remboursements constatés à fin juin. Pour l'assuré, l'enjeu reste le même : comprendre la part que prend en charge le régime obligatoire, celle que couvre sa complémentaire santé, et celle qui reste à sa charge.

Questions fréquentes

Le ticket modérateur est la partie des dépenses de santé qui reste à la charge de l'assuré une fois que l'Assurance Maladie a versé sa part. Exemple : pour une consultation à 30 € chez un généraliste conventionné secteur 1, l'Assurance Maladie rembourse 19 € (70 % moins la participation forfaitaire de 2 €), laissant 9 € de ticket modérateur à la charge du patient. C'est ce reste à charge que votre complémentaire santé couvre, en tout ou partie, selon votre contrat.

Deux dispositifs distincts, souvent confondus. La participation forfaitaire, initialement fixée à 1 €, s'élève à 2 € depuis le 15 mai 2024 ; elle est plafonnée à 8 € par jour pour un même professionnel de santé et à 50 € par an et par assuré. La participation forfaitaire de 32 €, elle, s'applique uniquement aux actes dont le tarif est supérieur ou égal à 120 € ou ayant un coefficient supérieur ou égal à 60, soit des actes plus lourds.

Selon l'Assurance Maladie, les remboursements de soins du régime général évoluent de +4,5 % sur les douze derniers mois à fin juin 2026. Cette progression combine des revalorisations tarifaires ciblées, comme la revalorisation de la masso-kinésithérapie intervenue en janvier, qui porte la hausse de ce poste à 7,4 % en juin 2026, et une dynamique de fond sur les médicaments, dont les remboursements progressent de +5,8 % sur douze mois.

Sources officielles