Illustration : Solvabilité II : ce que change la révision européenne en 2026
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Solvabilité II : ce que change la révision européenne en 2026

Nouveaux seuils de proportionnalité, pouvoirs de crise des superviseurs, intégration du risque climatique : ce que change la révision de Solvabilité II pour les assurés.

Un texte européen technique vient d'être ajusté en profondeur, et il détermine, en coulisses, la solidité financière de votre assureur. Peu d'assurés connaissent Solvabilité II — et pourtant, c'est ce cadre qui garantit qu'un assureur pourra vous indemniser le jour où vous en aurez besoin. Voici ce que change la révision portée par la directive européenne (UE) 2025/2.

Ce que change la révision de Solvabilité II

L'Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA) vient de finaliser les derniers textes techniques d'application d'une révision engagée depuis plusieurs années : la directive (UE) 2025/2, qui modifie le cadre prudentiel Solvabilité II applicable à tous les assureurs et réassureurs de l'Union européenne. L'objectif affiché par le texte lui-même est de bâtir des règles prudentielles davantage fondées sur les risques et plus harmonisées pour le secteur de l'assurance et de la réassurance.

Premier changement concret : une nouvelle catégorie allégée pour les petites structures. Est considéré comme un « petit organisme non complexe » un assureur dont l'encaissement annuel de primes brutes émises par l'entreprise n'excède pas 15 000 000 EUR, à condition que le total des provisions techniques de l'entreprise, déduction non faite des créances découlant des contrats de réassurance et des véhicules de titrisation, n'excède pas 50 000 000 EUR. Les petites mutuelles et institutions de prévoyance qui remplissent ces deux critères bénéficient d'obligations de reporting allégées.

Deuxième ajustement, plus technique mais structurant pour la manière dont chaque assureur calcule ses réserves : le taux du coût du capital demeure fondé sur les risques et ne dépasse pas 5 % dans le calcul de la marge de risque — la réserve supplémentaire que doit constituer un assureur pour couvrir l'incertitude sur ses engagements de long terme.

Comprendre Solvabilité II : à quoi sert ce cadre

Pour la plupart des assurés, Solvabilité II reste un sigle abstrait. Le texte fondateur de ce régime, la directive Solvabilité II d'origine, est pourtant sans ambiguïté sur sa raison d'être : le principal objectif de la réglementation et du contrôle en matière d'assurance et de réassurance est de garantir la protection adéquate des preneurs et des bénéficiaires. Concrètement, cette protection ne relève pas que des bonnes intentions : la protection des preneurs suppose que les entreprises d'assurance et de réassurance soient soumises à des exigences de solvabilité efficaces.

Ces exigences de solvabilité reposent sur un indicateur central, le capital de solvabilité requis (SCR), présenté par la même directive comme le point de départ, en ce qui concerne l'adéquation des exigences quantitatives dans le secteur de l'assurance. Sa définition est d'une précision presque actuarielle : le capital de solvabilité requis devrait être défini comme le capital économique que doivent détenir les entreprises d'assurance et de réassurance pour limiter la probabilité de ruine à un cas sur deux cents. Autrement dit, un assureur solvable au sens de Solvabilité II est un assureur dont le risque de ne pas pouvoir honorer ses engagements sur l'année à venir reste, statistiquement, extrêmement faible.

💡 Pourquoi la « marge de risque » compte pour vous

Au-delà du SCR, un assureur doit aussi valoriser ses engagements avec prudence : c'est le rôle de la marge de risque, dont le calcul vient d'être ajusté par la révision. Plus ce calcul est fiable, plus la solidité affichée par l'assureur reflète sa capacité réelle à vous indemniser le moment venu — un enjeu d'autant plus sensible pour les engagements de très long terme comme l'assurance-vie ou l'épargne retraite.

Le contexte : liquidité, crises et risque climatique

La révision ne se limite pas à des ajustements comptables : elle tire aussi les leçons des crises récentes. Le texte est explicite sur ce point : les crises économiques et financières récentes, en particulier la crise engendrée par la pandémie de COVID-19, ont démontré qu'une gestion saine de la liquidité par les entreprises d'assurance et de réassurance pouvait prévenir les risques pour la stabilité du système financier. Conséquence directe : lorsqu'un assureur présente des vulnérabilités de liquidité non corrigées, les autorités de contrôle nationales devraient pouvoir intervenir pour renforcer la position en matière de liquidité de ces entreprises — l'ACPR, pour les assureurs établis en France.

Ces nouveaux pouvoirs vont jusqu'à encadrer les relations entre un assureur en difficulté et ses actionnaires : les textes prévoient désormais la possibilité de restreindre ou de suspendre les distributions aux actionnaires et aux autres créanciers subordonnés d'une entreprise d'assurance ou de réassurance donnée. Point sensible pour les épargnants en assurance-vie : dans les cas les plus graves, les autorités de contrôle devraient avoir le pouvoir de suspendre temporairement les droits de rachat sur les polices d'assurance vie des entreprises concernées par des risques de liquidité importants. Il s'agit d'une mesure présentée comme un ultime recours, destinée à éviter qu'une ruée sur les rachats ne précipite la chute d'un assureur déjà fragilisé, au détriment de l'ensemble des souscripteurs.

Autre évolution marquante : l'intégration du risque climatique dans la gestion prudentielle. Les assureurs les plus exposés devront désormais réaliser des analyses de l'impact de scénarios de risques liés au changement climatique à long terme sur leurs activités, proportionnées à la nature et à l'ampleur de leur activité — un exercice qui infuse directement sur la manière dont ils tarifient et souscrivent les risques liés aux catastrophes naturelles, comme le montre notre article sur l'assurabilité climatique des communes. Sur le plan purement technique, le calcul de la marge de risque évolue lui aussi : un élément exponentiel et dépendant du temps devrait être introduit, un mécanisme que les spécialistes désignent déjà sous le nom de « facteur lambda ».

Ce que ça change pour vous

Pour un assuré français, ces évolutions restent largement invisibles au quotidien — c'est précisément l'objectif d'une régulation prudentielle qui fonctionne. Quelques repères pratiques néanmoins :

  • La solvabilité de votre assureur reste un critère de choix pertinent, en particulier pour les contrats de longue durée (assurance-vie, prévoyance, retraite). Notre page sur la méthodologie de comparaison des assurances détaille les indicateurs à regarder avant de souscrire.
  • La suspension des rachats en assurance-vie reste une mesure de dernier recours, réservée aux situations de crise de liquidité avérée chez un assureur, et non un outil de gestion courante.
  • Si votre contrat inclut une composante climatique (habitation, assurance récolte, assurance construction), l'obligation faite aux assureurs d'anticiper les scénarios climatiques de long terme peut, à terme, influencer les conditions de tarification proposées par votre contrat professionnel comme par vos contrats personnels.
  • Les petites mutuelles et institutions de taille modeste bénéficient d'un cadre allégé sous le nouveau seuil de proportionnalité, ce qui ne change rien à leur obligation de vous protéger, mais allège leur charge administrative.

Cette révision s'ajoute à un ensemble de sujets de supervision européenne suivis de près par les épargnants, comme le montrent nos articles sur la cartographie des risques de l'assurance-vie et sur les produits structurés examinés par l'ACPR et l'AMF.

Questions fréquentes

C'est le régime prudentiel européen applicable aux assureurs et réassureurs, dont le principal objectif de la réglementation et du contrôle en matière d'assurance et de réassurance est de garantir la protection adéquate des preneurs et des bénéficiaires.

C'est une catégorie allégée réservée aux assureurs dont l'encaissement annuel de primes brutes émises par l'entreprise n'excède pas 15 000 000 EUR et dont le total des provisions techniques n'excède pas 50 000 000 EUR. Ces organismes bénéficient d'obligations de reporting simplifiées.

Le capital de solvabilité requis devrait être défini comme le capital économique que doivent détenir les entreprises d'assurance et de réassurance pour limiter la probabilité de ruine à un cas sur deux cents. C'est le point de départ, en ce qui concerne l'adéquation des exigences quantitatives dans le secteur de l'assurance.

La révision donne ce pouvoir aux superviseurs, pas directement à l'assureur : les autorités de contrôle devraient avoir le pouvoir de suspendre temporairement les droits de rachat sur les polices d'assurance vie des entreprises concernées par des risques de liquidité importants. C'est une mesure de dernier recours, réservée aux situations de crise avérée, et non un outil de gestion courante.

Parce que les crises économiques et financières récentes, en particulier la crise engendrée par la pandémie de COVID-19, ont démontré qu'une gestion saine de la liquidité par les entreprises d'assurance et de réassurance pouvait prévenir les risques pour la stabilité du système financier.

Oui : les assureurs exposés doivent réaliser des analyses de l'impact de scénarios de risques liés au changement climatique à long terme sur leurs activités, proportionnées à la nature et à l'ampleur de leur activité.

Sources officielles