L'Autorité des marchés financiers (AMF) vient de publier sa cartographie 2026 des marchés et des risques. Valorisations élevées, remontée des taux, produits complexes : ce diagnostic annuel concerne directement les épargnants, car l'assurance-vie reste le premier placement financier des Français. Voici ce qu'il faut en retenir pour votre contrat.
Les risques que pointe l'AMF
Chaque année, le régulateur dresse un état des lieux des marchés financiers dans sa cartographie annuelle des marchés et des risques. L'AMF publie sa cartographie 2026 et dresse un panorama de l'évolution sur un an des tendances et des risques ainsi que leurs conséquences sur le financement de l'économie, les marchés, les fonds d'investissement et l'épargne des ménages. Premier constat : l'instabilité géopolitique s'est imposée comme un contexte structurant pour les marchés financiers, tandis que les risques opérationnels et cyber continuent également de s'accentuer.
Du côté des marchés, le régulateur se veut mesuré mais vigilant. Sur les marchés obligataires, les conditions de liquidité sont restées globalement favorables, même si les tensions inflationnistes ont néanmoins entraîné une remontée des taux d'emprunts d'Etat. L'attention porte surtout sur les niveaux élevés de valorisation de certains actifs, la concentration des performances sur un nombre limité de grandes valeurs technologiques et sur l'endettement important de certaines entreprises. Autant de facteurs qui pèsent sur la part de votre épargne investie en unités de compte adossées aux marchés financiers.
Un point concerne directement les particuliers : l'essor rapide des actifs privés se poursuit et appelle une vigilance accrue afin d'assurer une protection adéquate des investisseurs, notamment du fait de l'élargissement de l'accès de ces actifs aux investisseurs particuliers. Le tout dans un contexte où le taux d'épargne français est important en 2025 avec un intérêt croissant pour les investissements financiers.
L'assurance-vie au plus haut, portée par les unités de compte
Le paradoxe est là : jamais les Français n'ont autant confié leur épargne à l'assurance-vie. Selon France Assureurs, en avril 2026, les cotisations en assurance vie s'élèvent à 17,6 milliards d'euros. Surtout, la dynamique profite aux supports risqués : les cotisations augmentent à un rythme plus soutenu pour les supports en unités de compte (UC, +9 %) que pour ceux en euros (+6 %), et la part des UC dans les cotisations s'établit à 33 % sur le mois d'avril 2026.
La collecte nette — cotisations moins prestations — atteint un niveau record : la collecte nette s'établit donc à +5,2 milliards d'euros, son plus haut niveau. Résultat, l'encours des contrats d'assurance vie atteint 2 148 milliards d'euros, en hausse de +6,1 % sur un an (+124 milliards d'euros). Ce n'est pas un phénomène isolé : pour la première fois depuis 2015, l'assurance-vie supplante le poste « numéraire et dépôts » en tant que principale destination des flux de placements, avec 52 milliards d'euros d'investissements, constatait déjà l'AMF un an plus tôt. Cette confiance se double toutefois d'une préférence pour la sécurité : selon le Baromètre AMF de l'épargne 2025, parmi ceux qui souhaitent mettre de l'argent de côté, les placements privilégiés restent les placements garantis (40 %), loin devant la bourse (13 %) ou les crypto-actifs (11 %).
Produits structurés : la vigilance de rigueur
Une part croissante de l'épargne en unités de compte passe par des produits structurés, ces placements à formule dont le rendement dépend de scénarios de marché. Une étude du Pôle commun ACPR-AMF alerte sur leurs frais : le coût d'entrée total varie fortement d'un distributeur à l'autre, allant de 1,20 % à 13,16 %, alors que le coût moyen s'établit à 5,83 %. Or ces produits sont largement logés dans l'assurance-vie : l'ACPR est compétente lorsque le produit est commercialisé en assurance-vie sous forme d'unités de compte, l'AMF lorsque le produit est commercialisé en comptes-titres par offre au public.
Le message du régulateur est sans ambiguïté : un investisseur particulier ne devrait pas investir dans un produit structuré s'il n'est pas en mesure d'en comprendre le fonctionnement, les conditions de performance et les risques de perte. Car selon l'évolution des marchés et la situation de l'émetteur, l'investisseur peut subir une perte partielle ou totale du capital investi. Le régulateur ajoute que ces performances, constatées sur une période précise, ne préjugent toutefois pas des performances futures de ces produits et le risque de perte en capital pourrait s'avérer plus important dans un contexte de marché moins favorable. Pour mieux encadrer ces ventes, depuis le 1er janvier 2024, les assureurs doivent définir pour les unités de compte complexes un marché cible spécifique et négatif. Avant de souscrire, comparez toujours les frais et la complexité réelle des supports proposés.
Ce que l'épargnant peut faire concrètement
Face à ce diagnostic, quelques réflexes s'imposent — sans céder à la panique. L'assurance-vie conserve un atout de taille : une liquidité encadrée par la loi. La loi oblige l'assureur à honorer les demandes de rachats dans un délai ne pouvant excéder deux mois (Article L.132-21 du Code des assurances). Votre épargne n'est donc jamais réellement bloquée, même en cas de coup dur.
- Diversifiez entre fonds en euros, sécurisés, et unités de compte, plus dynamiques mais sans garantie du capital. L'arbitrage dépend avant tout de votre horizon de placement.
- Traquez les frais : un écart de coût d'entrée pèse directement sur la performance nette, comme le montre l'étude du Pôle commun sur les produits structurés.
- Comprenez avant de signer : refusez tout support dont le fonctionnement vous échappe, conformément à la recommandation de l'AMF.
- Pour aller plus loin, informez-vous sur la fiscalité de l'assurance-vie et sur les démarches d'arbitrage et de rachat.
Le contexte de marché rappelé par l'AMF n'est pas un signal de sortie, mais une invitation à la lucidité. 70 % des Français accordent de l'importance à la transparence sur l'utilisation de leur épargne : cela commence par bien comprendre son propre contrat. À noter, 13 % des Français n'ont fait que retirer de l'argent de leur épargne, un chiffre en hausse de 3 pts contre 2024, signe que le pouvoir d'achat reste sous tension.
Questions fréquentes
Tout dépend du support. Le fonds en euros garantit le capital, tandis que les unités de compte suivent les marchés, dont l'AMF souligne les niveaux élevés de valorisation de certains actifs. La cartographie 2026 invite à la vigilance, pas à la sortie : l'enjeu est de diversifier selon son horizon de placement.
Le Pôle commun ACPR-AMF rappelle qu'un investisseur particulier ne devrait pas investir dans un produit structuré s'il n'est pas en mesure d'en comprendre le fonctionnement, les conditions de performance et les risques de perte. Leurs frais d'entrée peuvent en outre, allant de 1,20 % à 13,16 %, varier fortement selon le distributeur.
Oui. La loi oblige l'assureur à honorer les demandes de rachats dans un délai ne pouvant excéder deux mois (Article L.132-21 du Code des assurances). Votre épargne reste donc disponible, sous réserve des modalités prévues par votre contrat.