Illustration : IA en assurance : transparence obligatoire et consultation de l'ACPR
Legislation

IA en assurance : transparence obligatoire et consultation de l'ACPR

Le règlement européen sur l'IA impose depuis le 2 août 2026 de nouvelles obligations de transparence, pendant que l'ACPR consulte jusqu'au 30 septembre 2026 sur l'équité algorithmique dans l'assurance.

Le règlement européen sur l'intelligence artificielle est devenu pleinement applicable en France le 2 août 2026, avec à la clé de nouvelles obligations de transparence pour tout organisme qui met un système d'IA en contact avec le public, chatbots compris. Au même moment, l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) a publié un document de réflexion et ouvert une consultation sur l'équité algorithmique dans le secteur financier, soumise à commentaires jusqu'au 30 septembre 2026. Deux textes distincts, deux calendriers indépendants, mais un même sujet de fond pour les assureurs : encadrer le recours croissant à l'intelligence artificielle dans la relation avec les assurés.

Les faits

Le règlement (UE) 2024/1689 du Parlement européen et du Conseil du 13 juin 2024 établissant des règles harmonisées concernant l'intelligence artificielle, plus connu sous le nom d'AI Act, est entré en vigueur le 1er août 2024 et ses dispositions entrent en application progressivement, selon un calendrier échelonné. Il s'agit, d'après la fiche publiée sur le site Entreprendre du service public, du premier règlement au monde sur l'intelligence artificielle. Les règles de gouvernance et les obligations applicables aux modèles d'IA à usage général sont, elles, entrées en application dès le 2 août 2025.

Depuis le 2 août 2026, le règlement est devenu pleinement applicable, avec l'entrée en vigueur des obligations de transparence prévues pour les systèmes dits « à risque limité » : les utilisateurs doivent être informés d'une interaction avec une intelligence artificielle, par exemple lorsqu'ils échangent avec un agent conversationnel. Selon la Commission européenne, cette obligation vise à préserver la confiance en permettant à chacun de prendre une décision éclairée lorsqu'il échange avec une machine plutôt qu'avec un interlocuteur humain. Les fournisseurs d'IA générative doivent par ailleurs rendre identifiable le contenu qu'ils produisent, et certains contenus, notamment les hypertrucages, doivent être signalés de façon claire et visible.

Le même été, l'ACPR franchit une étape sur un autre registre. Selon le communiqué de presse de l'ACPR, mis en ligne le 1er juillet 2026, l'autorité annonce qu'à l'occasion d'une réunion de place dédiée à la surveillance de l'IA, elle publie un document de réflexion et ouvre une consultation sur l'équité algorithmique dans le secteur financier. Ce document reste soumis à consultation publique jusqu'au 30 septembre 2026.

L'ACPR définit l'équité algorithmique comme les principes et méthodes visant à concevoir et encadrer des systèmes afin de prévenir des inégalités injustifiées, notamment liées à des caractéristiques personnelles dites « sensibles ». Pour le secteur financier, l'enjeu est de taille : concilier une différenciation des tarifs fondée sur le niveau du risque, condition de la soutenabilité économique des modèles, avec la prévention de traitements injustes ou discriminatoires des personnes.

Mise en perspective

Le règlement européen classe certains usages de l'IA comme « à haut risque », soumis à des exigences renforcées. D'après la fiche réglementaire de l'ACPR consacrée à l'AI Act, sont notamment concernés les systèmes destinés à évaluer la solvabilité des personnes physiques ou à établir leur note de crédit, à l'exception des systèmes d'IA utilisés à des fins de détection de fraudes financière, ainsi que les systèmes pour l'évaluation des risques et la tarification des personnes physiques en matière d'assurance-vie et d'assurance maladie. Autrement dit, les outils qui contribuent à calculer une prime ou à évaluer un risque en santé ou en prévoyance individuelle entrent directement dans le champ des obligations renforcées de l'AI Act.

Ces règles ne s'appliquent toutefois pas immédiatement : pour le secteur financier, les règles encadrant les systèmes d'intelligence artificielle qualifiés de « haut risque », notamment ceux utilisés en assurance-vie et en assurance maladie, seront applicables à compter du 2 décembre 2027. Un calendrier lui-même remanié par l'AI Omnibus, un texte de simplification adopté le 19 novembre 2025 et entré en vigueur le 27 juillet 2026, qui a notamment prolongé jusqu'au 2 août 2028 le délai pour les systèmes à haut risque intégrés à des produits régulés, et étendu au 2 décembre 2027 celui applicable aux usages sensibles visés en annexe III, catégorie dont relèvent l'assurance-vie et l'assurance maladie.

Qui contrôlera le respect de ces règles en France ? Le communiqué de l'ACPR indique qu'elle est désignée autorité de surveillance de marché du Règlement IA pour les cas d'usage à « haut risque » liés aux services financiers, et qu'elle exercera, à partir du 2 décembre 2027, ses nouvelles missions en coopération avec les autres autorités nationales et européennes compétentes au titre du Règlement IA. Sa fiche réglementaire va dans le même sens : en France, l'ACPR été désignée autorité de surveillance du marché pour les systèmes d'IA à haut risque relevant du secteur financier, et elle est également susceptible d'examiner d'autres systèmes d'IA utilisés par les organismes soumis à son contrôle, dans le cadre de ses missions de supervision habituelles. Cette désignation n'est cependant pas encore définitivement actée : elle est formalisée par un projet de loi portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne (DDADUE), en cours d'examen par les Assemblées.

💡 À retenir

Deux textes, deux logiques différentes : l'AI Act est un règlement européen d'application directe, qui impose déjà des obligations de transparence. La consultation de l'ACPR est un exercice national de réflexion, non contraignant, qui pourrait nourrir de futures orientations sur l'équité algorithmique.

Ce que ça change pour vous

Concrètement, deux échéances sont à distinguer. Depuis le 2 août 2026, tout assureur qui met à disposition un chatbot ou un autre système d'IA en contact avec le public doit déjà respecter les obligations de transparence de l'AI Act : informer l'utilisateur qu'il échange avec une machine, et rendre identifiables les contenus générés par IA. Ce que vous ne verrez pas encore, en revanche, ce sont des obligations renforcées sur les algorithmes de tarification ou d'évaluation des risques en assurance-vie et en assurance maladie : ceux-ci resteront soumis au droit commun jusqu'au 2 décembre 2027, date à laquelle le régime « haut risque » entrera en application pour ce type de systèmes.

La consultation ouverte par l'ACPR ne modifie pas non plus le droit applicable dans l'immédiat. Il s'agit d'un document qui croise les règles de droit, les techniques de la data science et les pratiques observées dans les établissements pour éclairer le débat, et non d'un texte contraignant. L'ACPR le précise elle-même : ce document de réflexion n'a pas vocation à donner une vision exhaustive de l'ensemble des sujets liés à l'équité algorithmique, ni à exprimer une position officielle de l'ACPR. Pour les assurés, cela signifie qu'aucun mécanisme de recours spécifique n'est aujourd'hui mis en place pour contester un tarif qui serait jugé discriminatoire du fait d'un algorithme : le sujet est à l'étude, pas encore tranché.

Ce mouvement s'inscrit dans une transformation plus large du secteur, que nous avons déjà documentée à propos de l'essor de l'IA agentique chez plusieurs acteurs de l'assurance ou du regard porté par les superviseurs européens sur le risque systémique que l'IA peut faire peser sur le secteur. En attendant que ces textes produisent leurs pleins effets, comparer les garanties et les tarifs proposés par les différents assureurs reste la meilleure façon de s'assurer d'un contrat adapté : c'est l'objet de notre page dédiée à la comparaison des assurances.

⚠️ Ce que l'article ne peut pas dire

Aucune source officielle ne permet aujourd'hui d'affirmer qu'un assuré dispose d'un canal de plainte dédié pour contester un tarif issu d'un algorithme, ni que l'ACPR aurait déjà constaté ou sanctionné une pratique discriminatoire précise. La consultation est un exercice prospectif, pas une procédure de contrôle.

Perspectives

Deux dates cadrent la suite du calendrier. D'un côté, la consultation de l'ACPR reste ouverte jusqu'au 30 septembre 2026 : les acteurs du secteur, associations et chercheurs peuvent encore faire valoir leurs observations sur les notions et méthodes de mesure de l'équité algorithmique. De l'autre, le calendrier européen continue de s'affiner : depuis le 2 août 2026, l'AI Office et les autorités des États membres sont responsables de la mise en œuvre, de la supervision et du contrôle du respect de l'AI Act, tandis qu'en France cette mission reviendra à l'ACPR pour le secteur financier, sous réserve de l'adoption définitive du texte DDADUE actuellement débattu au Parlement.

Le règlement lui-même continue d'évoluer : l'AI Omnibus, entré en vigueur le 27 juillet 2026, a déjà desserré une partie du calendrier initial pour les systèmes à haut risque. Rien n'exclut que d'autres ajustements interviennent d'ici l'échéance de décembre 2027, notamment à la lumière des retours recueillis pendant la consultation publique de l'ACPR. Pour les professionnels qui suivent aussi l'évolution du cadre prudentiel européen ou qui s'intéressent à la manière dont les risques émergents sont désormais cartographiés, l'équité algorithmique s'ajoute à la liste des chantiers réglementaires à surveiller dans les prochains mois.

Questions fréquentes

Le règlement (UE) 2024/1689, dit AI Act, est entré en vigueur le 1er août 2024 et est devenu pleinement applicable le 2 août 2026, avec l'entrée en application des obligations de transparence pour les systèmes d'IA en contact avec le public. Les règles spécifiques aux systèmes « à haut risque » utilisés en assurance-vie et en assurance maladie n'entreront en application, elles, qu'à compter du 2 décembre 2027.

L'ACPR a publié un document de réflexion et ouvert une consultation sur l'équité algorithmique dans le secteur financier, mise en ligne le 1er juillet 2026 et ouverte jusqu'au 30 septembre 2026. Ce document de réflexion n'a pas vocation à donner une vision exhaustive du sujet, ni à exprimer une position officielle de l'ACPR : il vise à nourrir le débat, pas à fixer de nouvelles règles.

Sur le principe, oui : le règlement européen range les systèmes pour l'évaluation des risques et la tarification des personnes physiques en matière d'assurance-vie et d'assurance maladie parmi les cas d'usage « à haut risque ». Mais ce classement ne deviendra applicable qu'à compter du 2 décembre 2027 ; d'ici là, ces systèmes restent soumis au droit commun, sans obligation renforcée spécifique à ce titre.

Sources officielles