Le plan d'épargne retraite est entré dans le paysage de l'épargne des ménages sans faire beaucoup de bruit. Fin juillet, la fédération France Assureurs, qui regroupe les sociétés d'assurances françaises, détaille dans son communiqué mensuel les chiffres du deuxième trimestre : le PER assurantiel franchit un cap symbolique en nombre de détenteurs. L'occasion de reprendre calmement ce qu'est ce produit, ce qu'il permet, ce qu'il bloque — et à qui il s'adresse réellement.
Les chiffres du PER au deuxième trimestre
Dans le communiqué mensuel diffusé sur son espace presse, France Assureurs recense, pour les plans d'épargne retraite gérés par des assureurs, 8,5 millions d'assurés pour un encours de 124,8 milliards d'euros à la clôture du premier semestre. C'est le stock : l'argent déjà placé, et le nombre de personnes qui détiennent au moins un plan de ce type.
Sur le trimestre lui-même, le flux reste orienté à la hausse. Selon la fédération, les cotisations (hors transferts) sur les PER assurantiels s'élèvent à 3,2 milliards d'euros, soit +8 % par rapport à la même période en 2025. Le nombre d'ouvertures suit : 229 600 nouveaux PER souscrits sur ces trois mois. Une fois les sorties déduites, la collecte nette atteint +1,9 milliard d'euros, stable par rapport à la même période de 2025.
Un chiffre mérite une lecture attentive, celui des transferts : 52 200 assurés pour un montant de 1,6 milliard d'euros. Il ne s'agit pas d'argent frais, mais d'épargne qui change d'établissement ou de contrat. C'est la conséquence directe d'un droit ouvert par la réforme de 2019 : un titulaire mécontent des frais ou de la gamme d'investissement de son plan peut le transférer ailleurs sans perdre son antériorité fiscale. Ce volume traduit donc une mobilité réelle du marché, pas une croissance supplémentaire.
💡 Conseil
Les statistiques citées ici sont des données de marché consolidées : elles décrivent l'ensemble du secteur assurantiel, pas un contrat en particulier. Les frais, les supports proposés et les conditions de gestion varient fortement d'un plan à l'autre : ils figurent dans la documentation contractuelle remise avant la souscription.
Le PER, comment ça marche concrètement
Le plan d'épargne retraite a été créé par la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises, plus connue sous le nom de loi Pacte. Son principe est simple, et le code monétaire et financier le formule sans détour : le plan a pour objet l'acquisition et la jouissance de droits viagers personnels ou le versement d'un capital, payables au titulaire à compter, au plus tôt, de la date de liquidation de sa pension dans un régime obligatoire d'assurance vieillesse. Autrement dit : on épargne aujourd'hui, on récupère à la retraite.
Côté alimentation, la règle est ouverte — les personnes physiques peuvent verser des sommes dans un plan d'épargne retraite, et le PER individuel est d'abord alimenté par les versements volontaires que vous effectuez. Aucun montant minimum n'est imposé par la loi ; c'est le contrat qui fixe ses propres seuils. La fiche officielle résume la finalité du produit : il vous permet d'économiser pendant votre vie active pour obtenir, à partir de l'âge de la retraite, un capital ou une rente.
La contrepartie de l'avantage fiscal, c'est le blocage. L'épargne n'est pas disponible à volonté : vous pouvez demander à récupérer votre épargne, sous forme d'un versement unique, de façon anticipée dans les seuls cas suivants — une liste limitative fixée par la loi. Le code monétaire et financier précise que les droits constitués dans le cadre du plan d'épargne retraite peuvent être, à la demande du titulaire, liquidés ou rachetés avant l'échéance mentionnée à l'article L. 224-1 dans les seuls cas suivants. On y trouve notamment l'invalidité du titulaire, de ses enfants, de son conjoint ou de son partenaire lié par un pacte civil de solidarité, ainsi que l'affectation des sommes épargnées à l'acquisition de la résidence principale.
Ce dernier cas est celui que les épargnants connaissent le moins bien, et il comporte une nuance qui change tout : achat de la résidence principale (mais, dans ce cas, les droits issus de versements obligatoires restent bloqués). Seuls les versements volontaires et ceux issus de l'épargne salariale peuvent servir à l'achat ; la part alimentée par des cotisations obligatoires d'entreprise, elle, reste immobilisée jusqu'à la retraite. C'est une distinction que l'on retrouve, sous d'autres formes, dans l'ensemble des contrats d'épargne et de prévoyance dont les conditions de rachat sont encadrées.
⚠️ Attention
Le blocage jusqu'à la retraite est la règle, les cas de déblocage anticipé sont l'exception. Avant d'arbitrer une épargne disponible vers un PER, assurez-vous de conserver par ailleurs une réserve mobilisable : une fois versées, les sommes ne se récupèrent que dans les situations prévues par la loi.
Sortie en rente, en capital, ou les deux
Au moment du départ à la retraite, le titulaire n'est pas enfermé dans une formule unique. La fiche officielle est explicite : vous avez alors le choix de demander que l'épargne accumulée dans votre PER individuel soit versée : soit en capital, soit en rente viagère, soit partiellement en capital et en rente. L'administration fiscale rappelle la même souplesse : à l'échéance, les droits issus des versements peuvent être versés sous forme de rentes ou de capital.
Ce choix n'est pas neutre. La rente viagère sécurise un revenu jusqu'au décès, mais l'épargne cesse d'être transmissible dans les mêmes conditions ; la sortie en capital laisse la main sur l'usage des sommes, mais fait porter au retraité le risque de longévité. Les régimes d'imposition diffèrent selon l'option retenue et l'origine des versements, sur un terrain proche de celui que nous documentons sur la fiscalité et la succession des contrats d'épargne.
À l'entrée, l'incitation est fiscale. Le plafond de déduction des versements volontaires est, selon l'administration, fixé à 10 % du montant net de l'ensemble des revenus d'activité déclarés au titre de l'année N-1 comportant un minimum (4 710 euros) et un maximum (37 680 euros). C'est ce mécanisme qui explique l'intérêt du produit pour les contribuables fortement imposés : l'économie d'impôt immédiate est proportionnelle au taux marginal. Pour un foyer peu ou pas imposable, l'avantage disparaît largement, et l'arbitrage mérite d'être posé autrement.
Le contexte : épargne longue et niveau de vie à la retraite
Le PER reste un satellite au regard du produit dominant de l'épargne des ménages. Sur le même communiqué, l'encours des contrats d'assurance vie atteint 2 162 milliards d'euros, soit plus de dix-sept fois l'encours des plans d'épargne retraite assurantiels. Sur le seul mois de juin, les cotisations en assurance vie s'élèvent à 19,3 milliards d'euros, en forte progression de + 12 %, tandis que les prestations du mois de juin 2026 sont en hausse de +7 % par rapport à juin 2025 ; la collecte nette s'établit donc à +6,7 milliards d'euros. Sur l'ensemble du premier semestre, les cotisations atteignent 108,8 milliards d'euros.
La structure de cette collecte éclaire aussi le PER, dont les supports d'investissement obéissent aux mêmes logiques : la part des UC dans les cotisations s'établit à 43 % sur le mois de juin 2026. Les unités de compte ne garantissent pas le capital investi ; comme sur tout contrat d'épargne assurantiel, la valeur de ces supports suit celle des marchés, à la hausse comme à la baisse. Nous avons détaillé cette mécanique dans notre suivi de la collecte et du rendement des fonds en euros cette année.
Reste la question de fond : à quoi sert d'épargner pour ses vieux jours quand on cotise déjà à un régime obligatoire ? Les travaux de la DREES donnent un ordre de grandeur utile. En comparant la pension perçue au revenu d'activité qui la précédait, l'étude établit que pour la moitié des personnes encore en emploi avant la retraite, le montant de pension est inférieur de plus de 25 % au dernier revenu d'activité. La perte de revenu existe donc, mais elle est loin d'être générale : un peu plus d'un tiers (35 %) des personnes en emploi juste avant la retraite voient même leur niveau de vie augmenter à la retraite. Nous avions consacré un article complet à l'évolution du niveau de vie au moment du départ en retraite.
Ce que ça change pour vous
Pour un épargnant, ces chiffres ne sont pas un signal d'achat : ils décrivent un marché, pas une opportunité individuelle. Trois réflexes pratiques se dégagent néanmoins.
Le premier est de vérifier sa situation fiscale avant tout versement. L'intérêt principal du plan tient à la déduction à l'entrée ; il faut donc mettre en regard l'économie d'impôt attendue et l'imposition qui s'appliquera à la sortie. Le second est de regarder les frais : frais sur versement, frais de gestion annuels sur chaque support, frais d'arbitrage. Ces éléments ne relèvent pas de la statistique de marché mais de chaque contrat, et figurent dans la documentation précontractuelle que l'assureur ou le distributeur doit remettre. C'est le même travail de lecture comparée que nous recommandons sur les critères à examiner avant de choisir un contrat.
Le troisième est de considérer le plan comme une brique parmi d'autres. Le volume des transferts observés ce trimestre le rappelle : un plan ouvert n'est pas un choix définitif. Selon l'horizon de placement, le besoin de disponibilité et l'objectif de transmission, l'arbitrage entre épargne retraite bloquée et épargne assurance vie restant disponible ne se tranche pas de la même façon — un point d'ensemble sur les contrats d'épargne et de prévoyance reste le préalable le plus utile.
Questions fréquentes
À la clôture du premier semestre, la fédération des assureurs recense 8,5 millions d'assurés pour un encours de 124,8 milliards d'euros. Ce chiffre couvre uniquement les plans gérés par des sociétés d'assurances ; les plans d'épargne retraite ouverts sous forme de compte-titres auprès d'établissements bancaires ne sont pas comptabilisés dans cette statistique.
Oui, mais seulement dans des situations limitativement énumérées par la loi. Le texte prévoit que vous pouvez demander à récupérer votre épargne, sous forme d'un versement unique, de façon anticipée dans les seuls cas suivants, parmi lesquels l'invalidité du titulaire, de ses enfants, de son conjoint ou de son partenaire lié par un pacte civil de solidarité et l'affectation des sommes épargnées à l'acquisition de la résidence principale. Hors de ces cas, l'épargne reste bloquée jusqu'à la liquidation de la pension.
Non. La fiche officielle précise : achat de la résidence principale (mais, dans ce cas, les droits issus de versements obligatoires restent bloqués). Concrètement, les sommes issues de vos versements volontaires peuvent être mobilisées, mais la part alimentée par des cotisations obligatoires versées dans un cadre professionnel demeure indisponible jusqu'à la retraite.
Les deux sont possibles, ainsi que la combinaison des deux : vous avez alors le choix de demander que l'épargne accumulée dans votre PER individuel soit versée : soit en capital, soit en rente viagère, soit partiellement en capital et en rente. La rente viagère sécurise un revenu à vie, la sortie en capital laisse la maîtrise de l'usage des sommes. Le traitement fiscal diffère selon l'option et selon l'origine des versements : ces modalités figurent dans la documentation de votre contrat et sur le site de l'administration fiscale.
L'administration fiscale indique que le plafond est fixé à 10 % du montant net de l'ensemble des revenus d'activité déclarés au titre de l'année N-1 comportant un minimum (4 710 euros) et un maximum (37 680 euros). Ce plafond est individuel et peut, dans certaines conditions, être mutualisé au sein d'un foyer fiscal ou reporté sur les années suivantes.
Le transfert d'un plan vers un autre est prévu par le cadre légal issu de la réforme de 2019, et il est effectivement pratiqué : sur le trimestre, la fédération des assureurs comptabilise 52 200 assurés pour un montant de 1,6 milliard d'euros transférés. Les conditions et les éventuels frais de transfert dépendent du contrat d'origine et de son ancienneté ; ils sont indiqués dans la documentation contractuelle.
Sources officielles
- France Assureurs — communiqué de presse mensuel — 30/07/2026
- Service-public.fr — fiche pratique, plan d'épargne retraite individuel — 18/06/2026
- Légifrance — code monétaire et financier, art. L. 224-1 — en vigueur
- Légifrance — code monétaire et financier, art. L. 224-4 — en vigueur
- impots.gouv.fr — épargne retraite, plafond de déduction — 07/04/2026
- Légifrance — loi relative à la croissance et la transformation des entreprises — 23/05/2019
- DREES — études et résultats, niveau de vie des retraités — 26/03/2026