Illustration : Retraite : le taux de pauvreté baisse au moment du départ
Vie & Prevoyance

Retraite : le taux de pauvreté baisse au moment du départ

Passer à la retraite fait reculer le taux de pauvreté de plus de 4 points. Pourquoi la baisse de la pension ne se traduit pas par une chute équivalente du niveau de vie.

On associe spontanément le départ à la retraite à une perte de revenus. Les travaux statistiques officiels racontent une histoire plus nuancée : la pension est bien inférieure au dernier salaire, mais le taux de pauvreté, lui, recule nettement au moment de la liquidation. La Mutualité Française a mis en avant, le 15 juillet, les résultats d'une étude de la DREES qui mesure pour la première fois cette bascule au niveau individuel. Voici ce qu'ils disent, et ce qu'ils impliquent quand on prépare sa retraite.

Le constat : la pauvreté recule au moment du départ

Le chiffre central de l'étude tient en une phrase : la DREES mesure qu'en 2020, 8,3 % des personnes nouvellement retraitées sont en situation de pauvreté monétaire, soit 4,1 points de pourcentage de moins qu'au cours de l'année qui précédait immédiatement leur départ à la retraite (12,4 %).

Ce résultat n'est pas un accident de conjoncture. Plus généralement, pour l'ensemble des nouveaux retraités de 2012 à 2020, la baisse se situe entre 3,2 et 4,7 points de pourcentage. C'est cette régularité d'une génération à l'autre qui donne au constat sa robustesse — un point que la Mutualité Française a relayé auprès du public mutualiste, en soulignant que la liquidation de la pension de retraite s'accompagne systématiquement d'une baisse du taux de pauvreté, quelles que soient les conditions de départ ou le statut d'activité avant la retraite.

L'explication tient au fonctionnement du système lui-même : les minima de pension, les dispositifs de solidarité et la fin de périodes d'activité fragmentées — chômage, temps partiel subi, invalidité — remplacent des revenus irréguliers par une pension versée mensuellement et sans interruption.

Pension, revenus du ménage, niveau de vie : trois mesures à ne pas confondre

La lecture de ces chiffres suppose de distinguer trois grandeurs que le débat public mélange souvent : le revenu personnel (la pension, comparée au dernier salaire), les revenus de l'ensemble du ménage, conjoint compris, et enfin le niveau de vie, l'indicateur le plus complet. L'indicateur de niveau de vie rapporte l'ensemble des revenus d'un ménage (y compris les éventuelles prestations sociales et après déduction des impôts) au nombre d'unités de consommation dans ce ménage.

La distinction n'est pas théorique : elle change l'ampleur du décrochage mesuré. Au niveau individuel, pour les personnes en emploi juste avant leur départ, pour la moitié d'entre elles, il est inférieur de plus de 25 % au dernier revenu d'activité (variation dite médiane). Dès que l'on élargit la focale, l'écart se resserre : la baisse apparaît atténuée si l'on considère l'ensemble des revenus avant impôt du ménage de la personne nouvellement retraitée (baisse médiane de 14 %), et plus encore si l'on considère le niveau de vie (baisse médiane de 9 %).

Un même départ à la retraite peut ainsi se traduire par une chute d'un quart des revenus personnels et par une baisse de moins d'un dixième du niveau de vie effectif — ce dernier chiffre correspondant le mieux au pouvoir d'achat réellement ressenti.

💡 Conseil

Quand vous simulez votre future retraite, regardez le niveau de vie du foyer, pas seulement le montant de votre pension. La fiscalité, les prestations, la situation du conjoint et la composition du ménage pèsent autant que le montant brut affiché sur votre relevé de carrière.

Le taux de remplacement change selon l'angle retenu

Le rapport entre le revenu d'avant et celui d'après porte un nom : le taux de remplacement. L'étude en donne quatre valeurs, selon l'agrégat retenu, pour les personnes en emploi avant leur départ (génération partie à la retraite en 2019, première année pleine de retraite en 2020).

Grandeur mesuréeTaux de remplacement médian
Pension rapportée au dernier revenu d'activitéLe rapport entre ces deux montants, qualifié de « taux de remplacement », vaut ainsi 75 % en valeur médiane (graphique 3),
Ensemble des revenus personnelsle taux de remplacement médian apparaît un peu plus élevé (80 % au lieu de 75 %)
Revenus du ménage, conjoint comprisle taux de remplacement médian apparaît un peu plus élevé encore, à 86 %.
Niveau de vie, après prestations et impôtsremplacement médian est de 91 %. Cette valeur assez proche de la totalité du niveau de vie antérieur

La progression est régulière : chaque élargissement du périmètre — des seuls revenus d'activité au ménage, puis à la redistribution — atténue le décrochage. Une précision méthodologique explique de légers écarts avec d'autres publications sur le même thème : ce taux de remplacement, estimé ici d'après les revenus annuels déclarés au fisc, est proche mais un peu plus élevé que celui qui est habituellement calculé par la Drees à partir de l'EIR.

Qui voit son niveau de vie monter, qui le voit baisser

La moyenne masque des trajectoires opposées. Le départ améliore surtout la situation de ceux dont les revenus d'activité étaient faibles, irréguliers ou inexistants : l'augmentation médiane du niveau de vie est ainsi de 9 % parmi les personnes qui étaient au chômage avant la retraite et de 4 % pour celles qui étaient en invalidité. Le gain est maximal à l'autre extrémité, puisque pour la moitié d'entre elles, ce niveau de vie augmente d'au moins 16 % chez celles qui n'avaient aucun revenu personnel juste avant leur départ.

Pour les personnes en emploi, la situation est plus contrastée, mais loin d'être uniformément défavorable : un peu plus d'un tiers (35 %) des personnes en emploi juste avant la retraite voient même leur niveau de vie augmenter à la retraite.

Sur l'ensemble, la hiérarchie sociale bouge peu. La grande majorité reste dans la même catégorie (soit 50 % de l'ensemble des nouveaux retraités) ou passent dans une catégorie adjacente (41 %) après avoir liquidé leur droit. Le solde des mouvements reste équilibré : au total, 22 % des nouveaux retraités passent dans un groupe de niveau de vie plus élevé après le départ à la retraite, tandis que 28 % d'entre eux passent dans une catégorie plus modeste. La retraite réduit donc la pauvreté sans rebattre les cartes : elle relève le plancher plus qu'elle ne modifie les positions relatives.

Comment ces chiffres ont été construits

Le caractère inédit de ces résultats tient à la source mobilisée : cette étude s'appuie sur une source inédite, construite par la Drees en partenariat avec l'Institut des politiques publiques (IPP), grâce au croisement des données de l'échantillon inter-régimes de retraités (EIR) avec celles de l'échantillon démographique permanent (EDP) de l'Insee. Ce croisement permet de suivre les mêmes personnes avant et après leur départ, au lieu de comparer deux populations différentes.

Le champ est précisément délimité aux personnes résidant en France en logement ordinaire et dont la première année entièrement passée à la retraite est 2020, les départs à des âges atypiques — avant 50 ans ou après 75 ans, soit 1,1 % de l'ensemble des départs à la retraite — étant écartés.

Enfin, la notion de pauvreté employée est la définition statistique standard. Selon l'Insee, en France et en Europe, le seuil est le plus souvent fixé à 60 % du niveau de vie médian. En valeur, toujours selon l'Insee, en 2023, le seuil de pauvreté monétaire, fixé à 60 % du niveau de vie médian, s'établit à 1 288 euros par mois et par unité de consommation.

Ce que ça change pour vous

Ces résultats ne dispensent pas de préparer sa retraite : ils indiquent où porter l'effort.

  • Raisonnez en niveau de vie du foyer, pas en pension brute. L'écart entre les quatre taux de remplacement montre que le conjoint, la fiscalité et les prestations pèsent lourd dans le résultat final.
  • L'effort d'épargne se justifie surtout pour les carrières continues et bien rémunérées, qui subissent le décrochage individuel le plus net, alors que les carrières hachées bénéficient davantage des mécanismes de solidarité.
  • Anticipez la bascule des dépenses de santé, le passage d'un contrat collectif d'entreprise à un contrat individuel modifiant le budget mensuel au moment même où les revenus changent.
  • Datez toujours les chiffres que vous comparez. Ces données décrivent une mécanique durable, pas le montant de votre future pension.

Ces arbitrages se préparent longtemps à l'avance. Nos repères sur l'épargne de long terme et le fonctionnement de l'assurance vie détaillent les supports mobilisables pour compléter une pension, tandis que nos pages sur les contrats de prévoyance et la couverture des accidents de carrière traitent des interruptions d'activité que l'étude identifie comme les périodes les plus fragiles. Sur le volet santé, la bascule vers un contrat individuel se prépare avec les critères présentés dans nos repères sur la comparaison des cotisations de complémentaire santé. Quant à l'arbitrage entre supports d'épargne, il dépend du contexte de taux, du rendement des fonds en euros aux arbitrages entre livrets réglementés et assurance vie.

⚠️ Attention

Les résultats présentés ici sont des valeurs médianes : ils décrivent une population, pas une trajectoire individuelle. Pour estimer votre propre situation, appuyez-vous sur votre relevé de carrière et les simulateurs officiels des régimes de retraite.

Questions fréquentes

Oui. En 2020, 8,3 % des personnes nouvellement retraitées sont en situation de pauvreté monétaire, soit 4,1 points de pourcentage de moins qu'au cours de l'année qui précédait immédiatement leur départ à la retraite (12,4 %). Le phénomène se répète d'une génération à l'autre, la baisse s'établissant entre 3,2 et 4,7 points de pourcentage pour les cohortes 2012 à 2020.

C'est le fonctionnement même du système : la pension remplace une fraction du revenu d'activité. Pour les personnes en emploi juste avant leur départ, pour la moitié d'entre elles, il est inférieur de plus de 25 % au dernier revenu d'activité (variation dite médiane). Mais cette baisse du revenu personnel ne se traduit pas mécaniquement par une baisse équivalente du pouvoir d'achat du foyer.

C'est le rapport entre le revenu perçu après le départ et celui perçu avant. Sa valeur dépend de l'agrégat retenu : vaut ainsi 75 % en valeur médiane pour la pension rapportée au dernier revenu d'activité, contre un remplacement médian est de 91 % en raisonnant en niveau de vie.

Surtout les personnes dont les revenus d'activité étaient faibles ou interrompus : l'augmentation médiane du niveau de vie est ainsi de 9 % parmi les personnes qui étaient au chômage avant la retraite et de 4 % pour celles qui étaient en invalidité. Mais la hausse concerne aussi une part importante des actifs occupés, puisque un peu plus d'un tiers (35 %) des personnes en emploi juste avant la retraite voient même leur niveau de vie augmenter à la retraite.

Ils décrivent une mécanique, pas une prévision. L'étude porte sur une génération précise, celle des personnes résidant en France en logement ordinaire et dont la première année entièrement passée à la retraite est 2020. Les ordres de grandeur restent instructifs, mais les montants et les règles de liquidation ont évolué depuis.

Sources officielles