Un sol argileux qui gonfle en hiver et se rétracte en été, et ce sont des fissures qui apparaissent sur les murs d'une maison individuelle. Le phénomène, longtemps confidentiel, concerne aujourd'hui la majorité du parc de maisons françaises. Début juillet, le groupe mutualiste Covéa — qui réunit les marques MAAF, MMA et GMF — a détaillé les outils de prévention climatique qu'il met à disposition de ses assurés, dont un nouvel autodiagnostic consacré à ce risque précis. Voici ce que contient l'annonce, comment fonctionnent ces outils, et ce que dit par ailleurs la réglementation lorsque la fissure est déjà là.
Ce que Covéa annonce
Covéa a rendu public début juillet un ensemble de dispositifs destinés à aider ses sociétaires à anticiper les aléas climatiques. Le groupe rappelle avoir pris dès 2025 un engagement concret en fléchant 0,5 % des primes climatiques habitation vers la prévention et l'adaptation. Autrement dit, une fraction des cotisations encaissées au titre du risque climatique sur les contrats habitation est fléchée vers l'anticipation plutôt que vers la seule réparation.
La nouveauté de l'été porte un nom : Argidiag. Le groupe a mis en service Argidiag, un nouvel outil d'autodiagnostic proposé à partir de juillet et consacré au risque de retrait-gonflement des argiles (RGA). Le groupe en précise l'usage : l'outil est accessible aux assurés MAAF, MMA et GMF dans leur espace sociétaire et restitue, sans frais, un score de vulnérabilité assorti de préconisations adaptées au logement.
Argidiag vient compléter un dispositif plus ancien. Covéa indique que « Bien Informé, Bien Assuré » a été lancé en 2025, et qu'il suffit de renseigner une simple adresse pour connaître son exposition aux principaux aléas — inondation, sécheresse, tempête, grêle, chaleur — et que la projection va jusqu'à l'horizon 2050. L'assureur ajoute que l'analyse repose sur des données géolocalisées. Après un an de service, le groupe revendique plus de 21 700 particuliers utilisateurs et plus de 66 000 visiteurs uniques sur les contenus associés.
Le groupe annonce enfin une collection de carnets pédagogiques sur la prévention climatique, dont le premier tome est consacré aux inondations et à la résilience. L'ensemble de ces éléments figure dans le communiqué dans lequel Covéa détaille ses dispositifs de prévention. Le poids de l'acteur donne une idée du nombre de foyers potentiellement concernés : Covéa se présente comme le premier assureur en automobile et habitation en France via ses trois marques, et déclare protéger 11,1 millions de clients et sociétaires.
Le retrait-gonflement des argiles, expliqué simplement
Derrière le sigle RGA se cache un mécanisme physique très concret. Le portail public Géorisques, opéré par le BRGM pour le ministère de la Transition écologique, en donne l'image la plus parlante : un sol argileux se comporte comme une éponge. En période de sécheresse, l'argile perd son eau et se rétracte ; le terrain s'affaisse. Quand les pluies reviennent, elle regonfle et le sol se soulève. Une maison bâtie sur un tel terrain subit ces mouvements de façon inégale d'un point à l'autre de ses fondations, ce qui provoque des fissures sur les murs porteurs, des portes qui ne ferment plus, parfois des désordres structurels lourds.
Ce sont surtout les maisons individuelles qui sont vulnérables, car elles reposent le plus souvent sur des fondations superficielles, moins profondes que celles d'un immeuble collectif. C'est précisément l'objet d'Argidiag : donner à un sociétaire un score de vulnérabilité sur son propre logement, sans attendre l'apparition d'une fissure.
💡 Conseil
L'exposition de votre terrain est une information publique et gratuite, indépendamment de votre assureur. Vous pouvez consulter la cartographie officielle de l'aléa sur le portail Géorisques en saisissant simplement votre adresse. C'est le premier réflexe utile, que vous soyez déjà propriétaire ou en cours d'achat. Pour aller plus loin sur les mécanismes d'indemnisation, notre page consacrée aux sinistres et aux garanties de l'assurance habitation détaille ce que couvre chaque poste.
Un parc de maisons de plus en plus exposé
L'annonce de Covéa s'inscrit dans une tendance que les données publiques documentent précisément. Selon Géorisques, 55% du territoire hexagonal se situe en zone d'exposition moyenne ou forte, et la barre des 12 millions de maisons individuelles exposées est franchie.
Surtout, cette exposition progresse. La cartographie officielle a été révisée : la carte d'exposition au RGA a été mise à jour en janvier 2026. Les chiffres qui en résultent marquent un saut par rapport à la décennie précédente, puisque le portail public recense désormais 12,1 millions de maisons individuelles exposées, soit 61,5 % du parc, contre 10,3 millions en 2020. En six ans, la part du parc concerné a donc gagné près de neuf points.
Le coût pour le marché de l'assurance suit la même pente. France Assureurs chiffre à 5,2 milliards d'euros le coût des événements naturels supporté en France en 2025. La sécheresse y occupe une place importante : la fédération situe l'épisode dans la moyenne des dernières années, pour un coût qui frôle le milliard d'euros. Sur la durée, la charge du régime des catastrophes naturelles reste stable sur les 3 dernières années, autour de 1,6 milliard d'euros.
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Maisons individuelles en zone d'exposition RGA | 12,1 millions (61,5 %) | Géorisques (carte 2026) |
| Même indicateur en 2020 | 10,3 millions (52,5 %) | Géorisques |
| Territoire hexagonal en exposition moyenne ou forte | 55% | Géorisques |
| Coût des événements naturels en France | 5,2 milliards d'euros (2025) | France Assureurs |
| Charge annuelle du régime catnat (3 dernières années) | 1,6 milliard d'euros | France Assureurs |
Ce que couvre la garantie catastrophe naturelle
La prévention ne remplace pas la garantie. Lorsque des fissures apparaissent après un épisode de sécheresse, l'indemnisation passe par le régime des catastrophes naturelles, dont le cadre est fixé par le code des assurances. Celui-ci ne vise que les dommages matériels directs non assurables dont la cause déterminante est l'intensité anormale d'un agent naturel. Concrètement, la garantie n'est mobilisable qu'après la publication d'un arrêté interministériel reconnaissant l'état de catastrophe naturelle pour votre commune et pour la période concernée.
Les délais, eux, sont encadrés. Le code des assurances impose à l'assuré de se manifester dès qu'il en a eu connaissance, et au plus tard trente jours après la publication de l'arrêté. En sens inverse, l'assureur est tenu à un calendrier : une provision sur les indemnités doit être versée dans les deux mois. La fiche officielle de l'administration récapitule la chaîne complète — provision dans les 2 mois suivant la remise de l'état estimatif, puis indemnisation dans un délai de 3 mois.
Reste la part qui demeure à votre charge. Pour ce type de sinistre, la fiche officielle fixe une franchise légale de 380 € pour un bien à usage non professionnel. Cette franchise est prévue par les textes : elle ne se négocie pas avec l'assureur et ne peut pas être rachetée par une option. Elle s'applique quel que soit l'assureur, MAAF, MMA et GMF compris.
⚠️ Attention
Le délai de déclaration ne court pas à partir du jour où vous constatez les fissures, mais 30 jours après la publication de l'arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au Journal officiel. Surveillez donc les publications concernant votre commune : une déclaration hors délai peut vous être opposée. Nos articles sur les arrêtés de reconnaissance publiés cet été et sur l'indemnisation des maisons fissurées par la sécheresse détaillent la marche à suivre.
Ce que ça change pour vous
Si vous êtes assuré chez MAAF, MMA ou GMF, l'annonce se traduit par un service accessible depuis votre espace sociétaire, sans surcoût annoncé. L'intérêt d'un autodiagnostic est de transformer une information générale — « ma commune est en zone argileuse » — en une évaluation propre à votre bâti, avec des recommandations de travaux ou de gestes d'entretien. Ce type de démarche a un intérêt qui dépasse l'assurance : gérer la végétation trop proche des fondations, maîtriser les écoulements d'eau autour de la maison ou surveiller l'évolution d'une fissure sont des actions utiles indépendamment de tout contrat.
Si vous êtes assuré ailleurs, la logique reste transposable. Plusieurs assureurs et acteurs publics proposent des services d'information sur l'exposition aux aléas ; la cartographie Géorisques est en accès libre pour tous. Le point à retenir est que le régime catnat, lui, est identique quel que soit votre contrat : c'est la loi qui fixe la franchise et les délais, pas votre assureur.
Enfin, si vous achetez une maison individuelle, l'exposition au retrait-gonflement des argiles fait partie des éléments à examiner au même titre que le diagnostic de performance énergétique. Comparer les garanties avant de signer un contrat habitation reste le réflexe de base : notre méthodologie de comparaison des contrats d'assurance et notre page dédiée à l'assurance habitation vous aident à identifier les postes qui comptent vraiment. Les frais, plafonds et conditions précis de chaque offre figurent dans la documentation contractuelle, disponible auprès de l'assureur concerné.
💡 Conseil
Conservez une trace datée de l'apparition des désordres : photographies, mesures de l'ouverture des fissures, courriers. En cas de sinistre sécheresse, l'expertise cherche à établir le lien de causalité entre l'épisode climatique reconnu et les dommages constatés. Un historique documenté facilite cette démonstration. Les démarches liées à votre contrat habitation sont détaillées sur notre hub dédié.
Questions fréquentes
C'est un mouvement du sol lié à sa teneur en eau : l'argile se comporte comme une éponge. Elle se rétracte en période sèche, puis regonfle quand l'humidité revient. Ces mouvements, inégaux d'un point à l'autre des fondations, fragilisent les maisons individuelles et provoquent des fissures.
Le portail public Géorisques recense 12,1 millions de maisons individuelles en zone d'exposition, soit 61,5 % du parc, contre 10,3 millions en 2020. Côté superficie, 55% du territoire hexagonal relève d'une exposition moyenne ou forte.
Covéa réserve l'outil à ses sociétaires : il est accessible aux assurés MAAF, MMA et GMF dans leur espace sociétaire, et le groupe le propose à partir de juillet 2026. Le résultat prend la forme d'un score de vulnérabilité accompagné de recommandations.
La franchise est fixée par la réglementation, pas par votre contrat : 380 € pour un logement à usage non professionnel. Elle s'applique de la même façon chez tous les assureurs et ne peut pas être rachetée par une option.
Le code des assurances impose un délai de trente jours après la publication de l'arrêté de reconnaissance. Le point de départ est donc la parution au Journal officiel, et non la date à laquelle vous avez remarqué les fissures.
Deux échéances s'enchaînent. Une provision est due dans les 2 mois qui suivent la remise de l'état estimatif des dommages, obligation que le code des assurances met à la charge de l'assureur. L'indemnisation complète intervient ensuite dans un délai de 3 mois.
Covéa ne présente pas Argidiag comme un dispositif tarifaire : c'est un service d'information et de recommandation. L'engagement chiffré du groupe porte sur l'allocation de moyens — 0,5 % des primes climatiques habitation — et non sur le montant des cotisations. Les conditions tarifaires figurent dans la documentation contractuelle remise par l'assureur.
Sources officielles
- Covéa — communiqué de presse « Prévention des risques climatiques »
- Covéa — page consacrée à la prévention du risque climatique
- Géorisques (BRGM / ministère de la Transition écologique) — dossier thématique retrait-gonflement des argiles
- Géorisques — fiche « Retrait-gonflement des argiles »
- France Assureurs — communiqué « L'assurance en 2025 »
- Service-public.fr — fiche « Catastrophe naturelle : indemnisation des dommages »
- Légifrance — code des assurances (définition de la catastrophe naturelle)
- Légifrance — code des assurances (délais de déclaration et d'indemnisation)