Illustration : Ticket modérateur : la hausse de l'été 2026 va peser sur les mutuelles
Mutuelle Sante

Ticket modérateur : la hausse de l'été 2026 va peser sur les mutuelles

Relèvement du ticket modérateur dès l'été 2026 : un transfert de charges vers les complémentaires qui menace de gonfler vos cotisations de mutuelle.

Le gouvernement prépare un relèvement du ticket modérateur sur les actes médicaux. Présentée comme une mesure d'économies pour la Sécurité sociale, elle risque surtout de se traduire par une hausse de votre cotisation de mutuelle. Décryptage du mécanisme et de ses conséquences concrètes pour votre budget santé.

Les faits : un relèvement du ticket modérateur dès l'été

Selon Europe 1, le gouvernement a prévenu séparément les fédérations de complémentaires santé de son projet de relever la part des actes médicaux laissée à la charge des assurés. D'après Le Tribunal du Net, l'exécutif vise des économies de 1,5 à 2 milliards d'euros via le relèvement des tickets modérateurs.

Pour comprendre l'enjeu, un rappel s'impose. Le ticket modérateur représente, selon l'Assurance Maladie, la part des frais restant à votre charge après le remboursement de la Sécurité sociale. C'est le complément entre le taux de prise en charge de l'Assurance Maladie et 100 %. Aujourd'hui, pour une consultation chez un généraliste, l'Assurance Maladie rembourse 70 %, soit 21 € sur une base de 30 €. Chez le dentiste comme chez les auxiliaires médicaux, la prise en charge tombe à 60 %. Le reste — le ticket modérateur — est, dans la plupart des cas, remboursé par votre mutuelle.

Cette participation est encadrée par la loi : l'article L160-13 du Code de la sécurité sociale prévoit que la participation de l'assuré peut être proportionnelle aux tarifs ou fixée à une somme forfaitaire. C'est précisément le curseur que le gouvernement veut déplacer, par voie réglementaire et non législative, ce qui lui permet d'agir vite.

Mise en perspective : un transfert de charges récurrent

Les complémentaires y voient une mécanique connue. Citée par ToutSurMesFinances, la Fédération des institutions paritaires de protection sociale (FIPS) dénonce un transfert des dépenses de santé de l'Assurance maladie aux complémentaires santé qui ne réglera rien au déficit, et qualifie ces mesures de « désastreuses » pour les ménages et les entreprises. Selon Europe 1, la même fédération alerte sur des dispositions qui « diminueront significativement le pouvoir d'achat des salariés et des seniors ».

Ce débat n'est pas nouveau. Comme le rappelait Miroir Social, lors d'un épisode comparable, les fédérations de complémentaires regrettaient déjà l'approche de court terme et comptable de ces annonces. Le contexte budgétaire, lui, s'est encore tendu : selon les comptes officiels de la Sécurité sociale, le déficit de la branche maladie s'est établi à 15,9 milliards d'euros en 2025, en dégradation de 2,1 milliards par rapport à 2024, tandis que le solde global des régimes de base s'est établi à -21,6 milliards d'euros en 2025.

Or les complémentaires occupent déjà une place importante dans le financement des soins. D'après la DREES, en 2024, les organismes complémentaires ont financé 12,8 % de la consommation de soins et de biens médicaux, soit 33 milliards d'euros, alors que les administrations publiques en couvraient 79,4 %, soit 202 milliards d'euros. Chaque point transféré pèse donc lourd.

Le glissement ne se limiterait d'ailleurs pas aux consultations chez le médecin. Pour les auxiliaires médicaux, comme les infirmiers ou les kinésithérapeutes, l'Assurance Maladie prend en charge 60 % de la base de remboursement, le solde relevant du ticket modérateur. Si ce curseur est relevé, c'est toute la chaîne des soins courants qui devient plus onéreuse pour les complémentaires, et donc pour leurs adhérents. Selon Europe 1, la Fédération des institutions paritaires (FIPS) résume l'inquiétude du secteur : les mesures envisagées reposent principalement sur des transferts de charge, sans réduire la dépense de santé elle-même. C'est précisément ce point qui cristallise l'opposition des mutuelles et des assureurs.

Ce que ça change pour vous

Le ressort est simple : si la Sécurité sociale rembourse moins, votre mutuelle paie davantage… et répercute tôt ou tard ce surcoût sur vos cotisations. Selon Le Tribunal du Net, qui cite France Assureurs, les hausses de cotisations dépendront fondamentalement de l'ampleur et du type de transferts envisagés, pour un impact estimé à plusieurs dizaines d'euros supplémentaires par an et par contrat.

  • Les profils les plus exposés : selon ToutSurMesFinances, même les salariés couverts par un contrat collectif sont concernés, car l'employeur doit financer au moins 50 % de la cotisation de la mutuelle d'entreprise et subira aussi la hausse. Les retraités, les indépendants et les titulaires de contrats individuels d'entrée de gamme restent les plus vulnérables.
  • Le reste à charge déjà incompressible : attention, certains frais ne sont jamais remboursés par la mutuelle. La participation forfaitaire de 2 € par consultation et la franchise médicale de 1 € par médicament ou acte d'auxiliaire restent à votre charge, par la loi.

Que faire ? D'abord, comparer le prix et les garanties de votre complémentaire chaque année, car les contrats individuels sont les plus volatils. Ensuite, vérifier le niveau réel de prise en charge du ticket modérateur dans votre contrat. Enfin, anticiper : nos conseils pour alléger votre budget assurance prennent tout leur sens dans un contexte de transfert de charges.

Perspectives : un signal pour le budget 2027

Au-delà de l'été, cette mesure préfigure les arbitrages du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027. Le reste à charge des ménages, qui représentait déjà 7,8 % de la CSBM en 2024 selon la DREES, pourrait progresser si la couverture obligatoire recule sans réforme structurelle.

Pour les assurés, la vigilance est de mise sur deux fronts : la lettre d'information annuelle de votre mutuelle, qui annoncera l'évolution des cotisations, et le calendrier réglementaire, à suivre sur notre rubrique mutuelle santé. Un transfert de charges ne change pas vos droits aux soins, mais il rebat les cartes de votre budget : mieux vaut le mesurer dès maintenant que le subir en 2027.

Questions fréquentes

Selon l'Assurance Maladie, c'est la part des frais médicaux restant à votre charge après le remboursement de la Sécurité sociale, soit le complément jusqu'à 100 %. Pour un généraliste, l'Assurance Maladie rembourse 70 % et le ticket modérateur, généralement pris en charge par la mutuelle, correspond au solde restant.

C'est le risque. Citée par Le Tribunal du Net, France Assureurs évoque un impact de plusieurs dizaines d'euros supplémentaires par an et par contrat, qui dépendra de l'ampleur et du type de transferts. Comparer son contrat chaque année permet de limiter la facture.

D'après Le Tribunal du Net, l'objectif est de 1,5 à 2 milliards d'euros. Cet effort répond au déficit de la branche maladie, de 15,9 milliards d'euros en 2025, mais les complémentaires y voient un simple transfert de charges, sans réforme de fond.

Sources officielles