Depuis le 15 juin 2026, un opticien-lunetier peut se déplacer dans votre EHPAD pour examiner la vue d'un résident et lui livrer des lunettes adaptées. Un nouveau décret lève un verrou réglementaire vieux de plusieurs années. Pour les familles, la question pratique reste la même : que rembourse la mutuelle sur ces lunettes ? On fait le point.
Ce que dit le nouveau décret
Le décret n° 2026-507 du 12 juin 2026 relatif au déplacement des opticiens-lunetiers en EHPAD a été publié au Journal officiel n° 0138 du 14 juin 2026. Concrètement, il crée un nouvel article du code de la santé publique disposant que, par dérogation, l'opticien-lunetier peut réaliser les actes relevant de sa compétence dans les établissements mentionnés à l'article L. 313-12 du code de l'action sociale et des familles — c'est-à-dire les EHPAD.
Le texte encadre strictement cette intervention. Pour chaque intervention, l'opticien adresse un compte rendu au patient, au médecin prescripteur, au médecin coordonnateur et, le cas échéant, au médecin traitant, par un moyen garantissant la confidentialité. Surtout, l'opticien ne devient pas un soignant : l'examen de réfraction pratiqué en vue de l'adaptation ne constitue pas un examen médical, et la délivrance de verres correcteurs reste subordonnée à une prescription d'un médecin ou d'un orthoptiste en cours de validité. L'opticien se déplace donc pour mesurer la vue et fournir l'équipement, pas pour diagnostiquer une pathologie.
Pourquoi cette réforme, et pour qui
Cette généralisation ne sort pas de nulle part. Elle s'appuie sur la loi n° 2019-72 du 5 février 2019 visant à améliorer la santé visuelle des personnes âgées en perte d'autonomie, qui autorisait déjà, à titre expérimental, les opticiens à réaliser une réfraction et à adapter, dans le cadre d'un renouvellement, les prescriptions de verres correcteurs en cours de validité, sauf opposition du médecin. Comme le rappelle Hospimedia, le dispositif a fait l'objet d'une expérimentation menée de 2022 à 2025 en région Centre-Val de Loire et en Normandie. Selon le média spécialisé Opticien Lunetier Media, le Haut Conseil des professions paramédicales a validé le texte le 14 avril 2026, par 25 voix favorables, 2 contre et 3 abstentions.
L'enjeu de santé publique est considérable. Selon la DREES, 573 100 personnes étaient hébergées en EHPAD fin 2023, sur 697 000 personnes fréquentant un établissement d'hébergement pour personnes âgées (EHPA). Or ces résidents sont massivement dépendants : 55 % des résidents en EHPAD sont en forte perte d'autonomie, classés en GIR 1 ou 2, et 268 200 d'entre eux souffrent de la maladie d'Alzheimer ou d'une maladie apparentée, soit 38 % des personnes accueillies. Pour ces personnes, sortir consulter un opticien en boutique relève souvent du parcours du combattant. Notre dossier sur la couverture de l'invalidité et de la dépendance des personnes âgées détaille les enjeux d'accès aux soins de ce public.
Ce que ça change pour vous et votre mutuelle
L'examen et la livraison se font désormais sur place, mais le circuit de remboursement, lui, ne change pas : c'est toujours la Sécurité sociale et la complémentaire santé du résident qui prennent en charge les lunettes. D'où l'importance de connaître les règles applicables.
- Résidents et familles : si le résident dispose d'un contrat responsable, il a accès au panier 100 % Santé. D'après l'Assurance Maladie, la classe A correspond à l'offre 100 % Santé sans reste à charge pour l'assuré. Pour cette offre, l'opticien doit proposer au moins 35 montures compatibles avec le panier 100 % Santé pour les adultes.
- Au-delà du panier sans reste à charge : si le résident choisit une monture en dehors de ce panier sans reste à charge, le contrat responsable plafonne la prise en charge. La prise en charge d'une monture y est limitée à 100 euros, par période de deux ans pour un équipement composé de deux verres et d'une monture.
- Rythme de renouvellement : inutile d'espérer changer de lunettes chaque année. Les équipements sont renouvelables tous les deux ans pour les assurés de 16 ans et plus, sauf évolution de la vue justifiant un renouvellement anticipé.
En clair, le décret améliore l'accès à l'opticien, pas le niveau de remboursement, qui dépend toujours du contrat. Avant une entrée en établissement, il est donc utile de comparer les garanties optique : nos guides sur les garanties de soins remboursées par la mutuelle et sur le comparatif des prix des complémentaires santé aident à arbitrer. Les personnes âgées trouveront aussi des repères dans notre rubrique dédiée aux profils d'assurés et à la mutuelle senior.
Les questions encore en suspens
Le décret ouvre l'accès, mais laisse une zone grise sur le financement de l'acte de déplacement. L'Ouïe Magazine souligne que, pendant la phase de test, les opticiens intervenaient depuis 2022 sans compensation financière spécifique pour leurs déplacements — une question qui reste ouverte. La généralisation nationale ne s'accompagne, à ce stade, d'aucune tarification dédiée à la prise en charge du déplacement par l'Assurance Maladie ou les mutuelles.
Pour les familles, le réflexe pratique est simple : vérifier, dès l'admission, que le contrat du résident reste adapté (et qu'on ne paie pas pour des garanties devenues inutiles en établissement). Notre guide pilier de la mutuelle santé récapitule les démarches pour ajuster une couverture au moment de l'entrée en EHPAD.
Questions fréquentes
Oui. Le décret prévoit que, par dérogation, l'opticien-lunetier peut réaliser les actes relevant de sa compétence dans les établissements mentionnés à l'article L. 313-12 du code de l'action sociale et des familles, ce qui vise l'ensemble des EHPAD, sur tout le territoire, depuis le 15 juin 2026.
Le remboursement suit les règles habituelles de l'optique. Avec un contrat responsable, le résident accède au panier 100 % Santé sans reste à charge ; en dehors de ce panier, la prise en charge d'une monture est limitée à 100 euros, avec un renouvellement tous les deux ans pour les 16 ans et plus.
Non. L'examen de réfraction pratiqué en vue de l'adaptation ne constitue pas un examen médical, et la délivrance de verres correcteurs reste subordonnée à une prescription d'un médecin ou d'un orthoptiste en cours de validité. L'opticien adapte un équipement, il ne diagnostique pas les maladies des yeux.
Sources officielles
- Légifrance — Décret relatif au déplacement des opticiens-lunetiers en EHPAD (Journal officiel)
- Assurance Maladie (ameli.fr) — Lunettes et lentilles : remboursement et panier sans reste à charge
- DREES — Les établissements d'hébergement pour personnes âgées (enquête EHPA)
- Hospimedia — Un projet de décret généralise l'intervention des opticiens en EHPAD
- Opticien Lunetier Media — Tous les opticiens pourront bientôt intervenir en EHPAD
- L'Ouïe Magazine — Les opticiens autorisés à intervenir en EHPAD