Après un diagnostic de cancer, les traitements ne sont qu'une partie du parcours. La douleur, la fatigue, les troubles nutritionnels, le retentissement psychologique ou les difficultés sociales appellent des réponses spécifiques, regroupées sous le nom de « soins de support ». Fin juillet, Malakoff Humanis a annoncé les lauréats de la deuxième édition de son appel à projets consacré à ce sujet. L'occasion d'expliquer ce que recouvrent précisément ces soins, ce que l'Assurance maladie prend en charge lorsqu'un cancer est reconnu en affection de longue durée, et ce qui peut rester à financer autrement.
Ce que Malakoff Humanis annonce
Le groupe de protection sociale Malakoff Humanis a publié fin juillet les résultats de la deuxième édition de son appel à projets, intitulé « Plus de Care contre le Cancer ». Malakoff Humanis a retenu 9 lauréats. La remédiation cognitive après traitement revient à l'association onCOGITE ; les troubles du sommeil à l'Institut du cancer Avignon-Provence ; l'oncologie digestive à l'Hôpital Paul-Brousse AP-HP ; le suivi des jeunes adultes guéris au CHU d'Angers ; un parcours de proximité à la CPTS Pays de Grasse ; l'éducation thérapeutique au CHU de Guyane, sur son site de Saint-Laurent-du-Maroni. S'y ajoutent trois projets portés par l'association Juste Humain (soins culturels à l'hôpital), par les hôpitaux du Groupe UNEOS, à Metz (musicothérapie), et par l'association Au cœur des AJA (socio-esthétique pour les adolescents et jeunes adultes).
Malakoff Humanis indique la sélectivité de l'exercice : 332 dossiers de candidature lui sont parvenus, sur une fenêtre courant du 10 novembre 2025 au 26 janvier 2026. Sur le plan financier, le groupe déclare avoir engagé 6 millions d'euros en 2025 sur ce terrain. Cette action s'inscrit dans un budget plus large, le groupe évoquant près de 200 M€ consacrés chaque année à ses actions sociales et sociétales.
Malakoff Humanis situe enfin son engagement dans la durée : l'oncologie figure depuis 2018 parmi ses axes prioritaires, et le groupe se dit premier mécène du domaine en France. Le détail des projets figure dans le communiqué publié par Malakoff Humanis sur sa newsroom. La répartition du financement entre les neuf structures n'est pas rendue publique.
Les soins de support, de quoi parle-t-on ?
La notion n'est pas une invention récente du secteur assurantiel : elle est définie par un texte du ministère chargé de la Santé. Il s'agit de la CIRCULAIRE N° DHOS/SDO/2005/101 du 22 février 2005 relative à l'organisation des soins en cancérologie, qui reste le texte de référence. Elle y range tous les soins et soutiens nécessaires au patient, du diagnostic à l'après-cancer, en complément des traitements onco hématologiques proprement dits.
Deux précisions du texte évitent les malentendus. D'abord, il ne s'agit pas d'une spécialité médicale nouvelle : ils ne constituent pas une nouvelle discipline mais une coordination de compétences mise à disposition du patient et de ses proches. Ensuite, ils ne sont pas un supplément optionnel intervenant en fin de parcours : ils font partie de la démarche de cancérologie. L'Institut national du cancer retient la même acception dans son référentiel, qui les déploie tout au long de la maladie.
Concrètement, ils recouvrent le traitement de la douleur, la lutte contre la fatigue, l'accompagnement nutritionnel, le soutien psychologique, l'activité physique adaptée, l'aide face aux difficultés sociales, ou encore les soins de la peau et des cheveux pendant les traitements. Malakoff Humanis en retient une formulation alignée sur la définition officielle, en visant les personnes atteintes d'un cancer sur l'ensemble de leur parcours.
Ce que prend en charge l'Assurance maladie
Un cancer figure parmi les affections de longue durée (ALD) ouvrant droit à une prise en charge renforcée. Le principe est posé par le code de la sécurité sociale, dont les dispositions relatives aux affections de longue durée organisent la suppression de la participation de l'assuré reconnu atteint d'une affection supposant un traitement prolongé et une thérapeutique particulièrement coûteuse, dès lors qu'elle est inscrite sur une liste établie par décret.
En pratique, cette exonération signifie que les soins liés à l'affection bénéficient d'une prise en charge à 100 % de la base de remboursement de la Sécurité sociale. L'Assurance maladie définit le ticket modérateur comme la partie de vos dépenses de santé qui reste à votre charge après son remboursement, et réserve l'exonération aux soins et traitements prévus par le protocole de soins. Le périmètre couvert est donc celui du protocole de soins établi avec le médecin traitant : les soins sans lien avec l'affection restent remboursés dans les conditions habituelles.
Certains soins de support ont par ailleurs fait l'objet d'un financement public dédié. Un arrêté de fin 2020 a créé un parcours de soins global après cancer, prévoyant que l'agence régionale de santé verse aux structures un forfait plafonné à 195 euros par patient et par an. Ce dispositif finance des bilans et consultations en diététique, en psychologie et en activité physique adaptée, sans avance de frais pour le patient lorsqu'il est proposé par une structure conventionnée.
Enfin, lorsque la maladie interrompt durablement l'activité professionnelle, l'Assurance maladie plafonne l'indemnisation journalière à 3 ans au maximum, décomptés à partir du premier jour d'arrêt. C'est souvent au-delà de ce socle que se joue le maintien de revenu, via un contrat de prévoyance collective ou individuelle couvrant l'incapacité de travail.
Ce qui reste à votre charge
La prise en charge intégrale au titre de l'ALD est souvent mal comprise : elle porte sur la base de remboursement de la Sécurité sociale, pas sur la totalité de la facture. L'Assurance maladie liste explicitement les postes qui demeurent à la charge du patient. En font partie les dépassements d'honoraires, la participation forfaitaire de 2 euros et le forfait hospitalier, qui correspond à la participation financière aux frais d'hébergement et d'entretien.
| Poste | Situation en ALD |
|---|---|
| Soins prévus au protocole de soins | 100 % de la base de remboursement de la Sécurité sociale |
| Dépassements d'honoraires | Restent à charge (dépassements d'honoraires) |
| Participation forfaitaire | Reste à charge (2 euros) |
| Forfait hospitalier | Reste à charge (forfait hospitalier) |
| Bilans du parcours après cancer | Forfait ARS de 195 euros par patient et par an |
C'est précisément sur ces postes que la complémentaire santé intervient. Selon le niveau de garanties souscrit, un contrat peut couvrir tout ou partie des dépassements d'honoraires, du forfait hospitalier ou de prestations de confort en hospitalisation. Certains soins de support — accompagnement psychologique en libéral, activité physique adaptée hors dispositif conventionné, socio-esthétique — relèvent souvent de forfaits « prévention » ou « médecines complémentaires » propres à chaque contrat. Notre page sur les garanties et les postes de soins couverts par une mutuelle santé détaille la lecture de ces lignes.
⚠️ Attention
« Intégralement remboursé par la Sécurité sociale » n'égale pas « zéro reste à charge ». Un dépassement d'honoraires chez un spécialiste en secteur 2 n'est pas couvert par l'exonération liée à l'ALD : il relève de votre complémentaire, dans la limite du plafond prévu au contrat. Vérifiez la ligne « dépassements d'honoraires » de votre tableau de garanties, exprimée en pourcentage de la base de remboursement.
Ce que ça change pour vous
Pour un patient ou un proche, l'annonce de Malakoff Humanis ne modifie pas directement les droits : il s'agit d'un financement de projets portés par des hôpitaux, des CHU et des associations, dont l'effet se mesurera localement, au niveau des établissements concernés. L'intérêt de l'information est ailleurs : elle rappelle que les soins de support existent, qu'ils sont inscrits dans l'organisation officielle de la cancérologie depuis 2005, et qu'ils sont trop rarement demandés par les patients eux-mêmes.
Trois réflexes pratiques en découlent. D'abord, demander à l'équipe soignante quels soins de support sont disponibles dans l'établissement où vous êtes suivi — ils sont partie intégrante du parcours, pas une faveur. Ensuite, vérifier si le parcours de soins global après cancer, financé par l'ARS, est proposé près de chez vous : il ouvre l'accès à des bilans diététiques, psychologiques et d'activité physique adaptée. Enfin, relire son contrat de complémentaire santé sur les postes qui restent à charge, et son contrat de prévoyance sur le maintien de revenu en cas d'arrêt long.
💡 Conseil
Si vous êtes salarié, votre couverture santé et prévoyance passe le plus souvent par un contrat collectif d'entreprise, dont les garanties diffèrent nettement d'un accord de branche à l'autre. Demandez la notice d'information à votre employeur : elle précise les plafonds applicables. Nos articles sur les indemnités journalières et le relais de la prévoyance et sur le remboursement des séances de psychologue apportent des repères complémentaires.
Pour comparer utilement, gardez en tête que le niveau de cotisation ne dit rien à lui seul de la qualité de la couverture sur les postes lourds. Notre méthodologie de comparaison des contrats et notre page consacrée à la mutuelle santé détaillent les critères à examiner en priorité. Les garanties, plafonds, délais de carence et conditions exactes figurent dans la documentation contractuelle remise par l'organisme assureur, qu'il convient de consulter avant toute souscription.
Questions fréquentes
La circulaire du ministère chargé de la Santé y range tous les soins et soutiens nécessaires au patient, en parallèle des traitements du cancer. Ils visent notamment la douleur, la fatigue, la nutrition, le moral et les difficultés sociales.
Non. Le texte de référence précise qu'ils ne constituent pas une nouvelle discipline : c'est une coordination de compétences déjà existantes. Il ajoute qu'ils font partie de la démarche de cancérologie.
Les soins liés à l'affection de longue durée sont couverts à 100 % de la base de remboursement. Ce taux porte sur la base de remboursement, et ne vaut que pour les soins et traitements prévus par le protocole de soins. Il ne couvre donc pas l'intégralité des sommes facturées.
L'Assurance maladie cite notamment les dépassements d'honoraires, la participation forfaitaire de 2 euros et le forfait hospitalier. Ces postes relèvent, selon les cas, de la complémentaire santé.
Oui, pour certains d'entre eux. L'arrêté qui organise le parcours de soins global après cancer prévoit un forfait plafonné à 195 euros par patient et par an, versé par l'agence régionale de santé aux structures, pour des bilans en diététique, psychologie et activité physique adaptée.
Pour un arrêt de travail long, l'Assurance maladie retient une limite de 3 ans au maximum, comptés à partir du premier jour d'arrêt. Au-delà du socle obligatoire, le maintien de revenu dépend du contrat de prévoyance dont vous bénéficiez, à titre individuel ou par votre entreprise.
Il s'agit d'un dispositif de mécénat finançant des projets portés par des établissements et des associations. Malakoff Humanis indique avoir reçu 332 dossiers et déclare y avoir engagé 6 millions d'euros en 2025. Le montant attribué à chaque projet n'est pas rendu public.
Sources officielles
- Malakoff Humanis — communiqué sur les lauréats de son appel à projets
- Légifrance — code de la sécurité sociale (exonération du ticket modérateur en affection de longue durée)
- Légifrance — arrêté relatif au parcours de soins global après le traitement d'un cancer
- Assurance Maladie (ameli.fr) — prise en charge en ALD exonérante
- Assurance Maladie (ameli.fr) — qu'est-ce que le ticket modérateur ?
- Assurance Maladie (ameli.fr) — arrêt de travail supérieur à six mois
- Ministère chargé de la Santé (DHOS) — circulaire relative à l'organisation des soins en cancérologie
- Institut national du cancer (INCa) — référentiel sur les soins de support