Les tarifs de l'assurance habitation et auto flambent depuis plusieurs années — et le régulateur tire désormais la sonnette d'alarme. MoneyVox rapporte que Jean-Paul Faugère, vice-président de l'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), a déclaré lors de la publication du rapport annuel que la hausse des primes en assurance dommages « finira par poser un problème d'assurabilité » et que « le modèle ne sera donc pas soutenable sans changement ». Une mise en garde inédite aux conséquences concrètes pour des millions d'assurés.
L'alarme du régulateur : un modèle « non soutenable »
L'alerte de Jean-Paul Faugère, relayée par MoneyVox lors de la publication du rapport annuel 2025 de l'ACPR, intervient dans un contexte où les tarifs de l'assurance de dommages ont décroché de l'inflation générale. L'indice de prix des services d'assurance de l'INSEE, relevé par l'ACPR dans ses Analyses et Synthèses, augmente de 9,8 % sur un an au premier semestre 2025 — soit plus du triple de l'inflation générale sur la même période.
Toujours selon MoneyVox, le vice-président de l'ACPR a indiqué que les assureurs ont « naturellement vocation à gagner en efficacité opérationnelle par des économies d'échelle, par l'innovation », et « toute légitimité aussi à promouvoir la prévention des dommages ». Deux leviers qui, selon le régulateur, doivent impérativement accompagner la hausse des primes pour éviter que le modèle ne devienne exclusif.
La crise d'assurabilité désigne la situation dans laquelle certains biens ou profils deviennent trop coûteux à assurer — voire impossibles à couvrir à un tarif abordable. Elle touche en priorité les zones exposées aux risques climatiques, les logements anciens ou dégradés, et les assurés à profil de risque élevé (sinistres répétés, résiliation pour non-paiement).
Les chiffres derrière la hausse : primes et sinistralité
Les données sectorielles confirment l'ampleur du phénomène. Selon France Assureurs, les cotisations d'assurance habitation (MRH) ont atteint 13,8 milliards d'euros en 2024, en progression de +7,5 % sur un an. La prime moyenne hors taxes s'établit à 299 euros en 2024, en hausse de +7,2 % par rapport à 2023. Dans le même temps, la progression du parc assuré reste marginale : 46,1 millions de contrats MRH fin 2024, soit +0,4 % seulement. La hausse des primes est donc bien une hausse réelle, indépendante de la croissance du nombre d'assurés.
L'ACPR note une hausse de +7,5 % pour les primes d'assurance automobile et de +7,7 % pour l'assurance incendie et dommages aux biens au premier semestre 2025. FranceTransactions.com indique que le tarif moyen national d'assurance habitation est passé de 167 euros en 2025 à 182 euros en 2026, avec des disparités régionales marquées : selon FranceTransactions.com, les Hauts-de-France enregistrent une hausse de +15 %, la Provence-Alpes-Côte d'Azur +13 %, et la Nouvelle-Aquitaine +11 %.
Ces hausses reflètent une sinistralité structurellement élevée. France Assureurs recense près de 4,6 millions de sinistres habitation ayant donné lieu à indemnisation en 2024, pour une charge totale de 8,0 milliards d'euros. Selon Boursorama, les événements climatiques ont coûté plus de 5 milliards d'euros aux assureurs en 2024 — principal moteur des hausses de tarifs. Tribune Assurance, relayant les chiffres de France Assureurs, souligne que la sinistralité des assurances des entreprises est restée 25 % supérieure à la moyenne des 10 dernières années en 2025, et que le coût moyen des sinistres incendies a augmenté de +118 % en 20 ans, avec +12 % sur la seule année 2025.
La surprime Cat-Nat, premier facteur de la flambée
Le premier déclencheur de la hausse des primes est réglementaire. En application de l'arrêté du 28 décembre 2023, qualifié de « plus importante depuis 25 ans », la surprime légale catastrophes naturelles est passée de 12 % à 20 % à partir du 1er janvier 2025, s'appliquant à tous les contrats d'assurance habitation et professionnels. Pour Franck Le Vallois, directeur général de France Assureurs, cette hausse représente en moyenne 41 euros par an et par foyer.
Cette hausse de la surprime a eu un effet immédiat sur la Caisse Centrale de Réassurance (CCR), le réassureur public du régime Cat-Nat : selon ses résultats du premier semestre 2025, ses primes brutes émises ont atteint 1 887 millions d'euros, soit +53,4 % par rapport au premier semestre 2024. Pour le PDG de la CCR Edouard Vieillefond, cette ressource supplémentaire « permet d'amorcer le rééquilibrage du régime Cat-Nat » après huit années de déficit technique depuis 2016. En février 2026, la CCR a remis au ministre de l'Économie un rapport formulant 14 propositions pour renforcer et consolider le régime Cat-Nat, afin de « maintenir l'équilibre entre intervention de la CCR, de l'État et des assureurs, dans un partenariat public-privé ».
À plus long terme, OpenGroupe précise que le coût des catastrophes naturelles devrait augmenter de +47 % à +85 % d'ici 2050 en euros constants du fait du changement climatique. OpenGroupe rappelle que plus de 18,5 millions d'habitants et près de 28 % des logements français sont exposés aux risques d'inondation — une réalité qui rend d'autant plus urgent le renforcement du régime.
Le BCT en première ligne : doublement des refus en habitation
Le signal le plus préoccupant vient du Bureau Central de Tarification (BCT), l'autorité administrative à qui tout assuré refusé peut s'adresser. Le BCT est l'autorité administrative en charge de garantir l'obligation d'assurance : il dispose du pouvoir d'imposer à l'assureur du choix de l'assuré la souscription du risque, à un tarif qu'il fixe lui-même.
Or MoneyVox rapporte que le BCT a rendu 881 décisions en 2025, soit 11 % de plus qu'en 2024. La branche habitation enregistre la hausse la plus spectaculaire : 252 décisions en habitation en 2025, soit près de 30 % de plus qu'en 2024. MoneyVox précise que ces dossiers sont liés pour la grande majorité à des saisines de copropriétés très dégradées dont une partie importante fait l'objet d'arrêtés de mise en sécurité. En assurance automobile, 449 décisions automobile ont été rendues en 2025, en augmentation de 10 % en un an. Fait inédit relevé par MoneyVox : le BCT a pour la première fois été saisi par une commune au titre de ses compétences en matière de couverture des catastrophes naturelles — signe que la crise dépasse le seul cadre des particuliers.
En parallèle, selon Meilleurtaux relayant des données de France Assureurs, près de 2,5 % des Français vivaient dans un logement non assuré en 2024. Boursorama confirme ce chiffre et souligne que environ 1,7 million de personnes en 2025 se trouvent sans assurance habitation, notamment des locataires et propriétaires qui renoncent à renouveler leur contrat face aux hausses. Boursorama note que les tarifs ont augmenté d'environ 13 % depuis 2020, dont 7,2 % récemment. Par ailleurs, Boursorama identifie 5 100 municipalités qui cumulent une exposition aux risques climatiques et une situation financière difficile, doublement vulnérables à la crise d'assurabilité.
Ce que ça change pour vous — et vos recours
Que faire si vous faites face à une hausse tarifaire brutale ou à un refus d'assurance ? Plusieurs dispositifs existent.
- Résiliation et mise en concurrence : dans un contexte de concurrence accrue, la mobilité assurantielle est encouragée. Comparez régulièrement les offres de votre assurance habitation et de votre assurance auto. Les économies peuvent être substantielles, en particulier sur la branche auto.
- Saisine du BCT : si un ou plusieurs assureurs refusent de vous couvrir pour votre habitation ou votre véhicule, vous avez le droit de saisir le BCT. Le BCT dispose du pouvoir d'imposer à l'assureur de votre choix la souscription du risque à un tarif encadré. La saisine est gratuite et accessible en ligne sur le site du Bureau Central de Tarification.
- PPL Barusseau : OpenGroupe indique que la proposition de loi du député Fabrice Barusseau a été adoptée à l'unanimité des votants à l'Assemblée nationale lors de la semaine transpartisane d'avril 2026. Elle vise à adapter les mécanismes d'indemnisation Cat-Nat au changement climatique, notamment en mettant fin à la reconstruction à l'identique pour les biens situés en zones à risque.
- Investir dans la prévention : selon MoneyVox, les assureurs ont « toute légitimité aussi à promouvoir la prévention des dommages », ce que certains traduit déjà par des remises tarifaires pour les assurés équipant leur logement de systèmes anti-sinistres. Consultez notre guide de comparaison pour identifier les offres les plus adaptées.
La PPL Barusseau marque une reconnaissance législative de la crise d'assurabilité climatique. Son application — notamment les modalités de reconstruction et d'indemnisation — sera à suivre de près lors de la navette parlementaire au Sénat.
Questions fréquentes
La crise d'assurabilité désigne la situation où certains biens deviennent trop risqués ou trop coûteux à assurer. Elle touche d'abord les zones exposées aux risques climatiques (inondations, sécheresse, grêle), les logements dégradés et les copropriétés en difficulté. Selon Boursorama, environ 1,7 million de personnes se trouvaient sans assurance habitation en 2025. Meilleurtaux rapporte que près de 2,5 % des Français vivaient dans un logement non assuré en 2024.
Oui, la hausse est généralisée. L'indice de prix des services d'assurance de l'INSEE augmente de 9,8 % sur un an au premier semestre 2025, selon les Analyses et Synthèses de l'ACPR. France Assureurs chiffre la prime moyenne MRH à 299 euros en 2024, en hausse de +7,2 %. Des hausses encore supérieures sont possibles dans les zones les plus exposées. Si votre contrat est trop cher, comparez les offres et, en cas de refus, saisissez le BCT.
Vous pouvez saisir le Bureau Central de Tarification (BCT), qui dispose du pouvoir d'imposer à l'assureur de votre choix la souscription du risque. La saisine est gratuite. MoneyVox rapporte que le BCT a rendu 252 décisions en habitation en 2025, soit près de 30 % de plus qu'en 2024, signe d'une utilisation croissante de ce dispositif. Consultez aussi le Médiateur de l'assurance pour tout litige avec votre assureur actuel.
Sources officielles
- ACPR — Rapport annuel 2025
- France Assureurs — L'assurance habitation en 2024
- CCR — Résultats du 1er semestre 2025
- CCR — Rapport au ministre 2025 : 14 propositions pour renforcer le régime Cat Nat
- Bureau Central de Tarification (BCT) — Site officiel
- MoneyVox — Ces problèmes insoupçonnés posés par la hausse des tarifs d'assurance
- MoneyVox — Contrat résilié par l'assurance auto et habitation : le BCT intervient massivement