Illustration : Wakam en crise : 144 M€ injectés, que risquent les assurés ?
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Wakam en crise : 144 M€ injectés, que risquent les assurés ?

L’assureur B2B2C qui porte les risques de centaines de plateformes digitales accumule les pertes depuis 2023 et a reçu 144 M€ de recapitalisation. Ce que cela change concrètement pour vos contrats.

Depuis 2023, Wakam — l’assureur parisien fondé en 1829 qui porte les risques de Revolut, Lovys, Zego et plus de 350 autres partenaires digitaux — accumule des pertes importantes et a reçu au moins 144 millions d’euros de soutien financier de ses actionnaires. En mars 2026, une nouvelle recapitalisation d’urgence de 34 M€ a été réalisée. L’ACPR surveille la situation de près, sans avoir prononcé de sanction. Ce que cela signifie concrètement pour vos contrats.

Wakam, l’assureur invisible derrière 350 plateformes digitales

Si vous avez souscrit une assurance via Revolut, Lovys, Zego, +Simple ou encore Meilleurtaux au cours des dernières années, il y a de fortes chances que Wakam ait été — ou soit encore — votre assureur réel, sans que vous le sachiez. Ce modèle s’appelle le B2B2C : Wakam conçoit les produits d’assurance et porte les risques, tandis que ses partenaires les distribuent sous leur propre marque grâce à sa plateforme technologique Play&Plug®.

Fondé en 1829 sous le nom de La Parisienne Assurances, rebaptisé Wakam en 2021, l’entreprise s’est imposée comme l’un des pionniers de l’assurance embarquée en Europe. Présent dans plus de 30 pays, il dispose d’une autorisation de libre prestation de services (LPS) pour exercer dans 29 États membres de l’Union européenne, sous la supervision de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR). Son actionnariat est détenu à environ 73 % par la famille Beaufour via le family office Opéra Finance, et à 27 % par son président et le management.

Ce modèle a soutenu une croissance spectaculaire : ses primes émises ont culminé à 924 millions d’euros en 2023, dont 71 % réalisés au Royaume-Uni. C’est précisément ce déséquilibre géographique excessif qui a mis l’assureur en difficulté, exposé à une sinistralite auto britannique dégradée et à l’inflation des coûts de réparation.

Trois ans de pertes et 144 M€ de recapitalisation

L’exercice 2023 a constitué un tournant brutal. Alors que le chiffre d’affaires atteignait un sommet, le résultat net s’établissait à -46,5 millions d’euros selon les comptes sociaux déposés. La cause principale : la sinistralite excessive du portefeuille auto britannique, aggravée par l’inflation et les événements climatiques. La marge technique nette s’est effondrée de 87 %, passant de 66,3 M€ à 7,6 M€. Le ratio de sinistralite nette de réassurance avait bondé à 78 %.

En 2024, un redressement technique partiel s’amorce — la marge technique nette remonte à 51 M€ — mais le résultat net reste déficitaire. Les primes reculent à 814,8 millions d’euros (-11,8 %) en raison de la réduction volontaire du portefeuille britannique. Pour maintenir sa couverture de SCR (capital requis par Solvabilité II) au-dessus du seuil réglementaire, Wakam émet une dette super-subordonnée de 25 M€. Un Plan de Sauvegarde de l’Emploi est également annoncé en interne.

La situation s’aggrave encore en 2025. Les primes s’effondrent à 509,4 millions d’euros, soit une perte de plus de 300 M€ de chiffre d’affaires en un seul exercice (-37,5 %). Le résultat net reste dans le rouge. Plus grave : le ratio de couverture SCR passe temporairement sous le seuil réglementaire en cours d’année, forçant une notification immédiate à l’ACPR. En réponse, la société mère Big Wakam SAS et ses actionnaires injectent 85 millions d’euros. Wakam Life, sa filiale vie, est liquidée volontairement en juin 2025.

En mars 2026, une recapitalisation complémentaire d’urgence de 34 millions d’euros intervient pour consolider les fonds propres. Le bilan total du soutien financier depuis 2024 dépasse ainsi les 144 millions d’euros (environ 169 M€ en incluant la dette subordonnée). Une deuxième tranche de recapitalisation est prévue au second trimestre 2026.

La situation de Wakam illustre un risque méconnu dans le secteur des insurtechs : la croissance rapide via des partenariats multiples peut masquer une concentration de risques sur des portefeuilles géographiques peu diversifiés. Pour mieux comprendre le cadre réglementaire applicable, consultez notre dossier sur la législation de l’assurance en France.

L’accord avec le réassureur des Bermudes

Le 8 décembre 2025, Wakam a annoncé un accord stratégique avec Compre Group Holdings Limited, réassureur spécialisé en gestion de portefeuilles en run-off, domicilié aux Bermudes. Cet accord comporte deux volets :

  • Un Loss Portfolio Transfer (LPT) : Compre reprend environ 140 millions d’euros de provisions techniques correspondant aux sinistres auto et dommages aux biens du Royaume-Uni et de France pour les exercices 2024 et antérieurs. Cela libère immédiatement du capital pour Wakam.
  • Un mécanisme Forward-Flow : Compre s’engage à réassurer Wakam sur les exercices suivants, lui apportant un soutien continu en gestion du capital.

Selon la direction de Wakam, cet accord vise à « optimiser la solidité financière et alimenter la croissance future » de la plateforme. Il s’agit d’un outil classique de transfert de risque utilisé par des assureurs en restructuration pour sécuriser leur bilan. Le communiqué officiel de Compre Group confirme les modalités de l’opération.

À la date de publication de cet article, la fiche officielle de Wakam sur le site de l’ACPR indique un statut « agréé, actif » sans mesure de sanction ou retrait d’agrément. Wakam demeure donc légalement habilité à exercer en France et dans 29 pays européens.

Ce que risquent vraiment les assurés

La question qui préoccupe les assurés est simple : si Wakam venait à faire faillite, mes sinistres seraient-ils pris en charge ? La réponse dépend entièrement du type de contrat souscrit.

  • Assurance RC auto obligatoire : couverte par le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires (FGAO), mais uniquement pour les sinistres survenus dans les 40 jours suivant la publication du retrait d’agrément au Journal Officiel. Pour tout ce qui relève de l’assurance auto obligatoire, une protection partielle existe donc.
  • Assurance habitation, mobilité douce, voyage, objets connectés : ces garanties facultatives ne bénéficient d’aucun fonds de garantie. En cas de liquidation, les sinistres en cours ou futurs ne seraient pas indemnises par un mécanisme public. L’assurance habitation et les couvertures mobilité seraient directement exposées.
  • Le FGAP (Fonds de Garantie des Assurances de Personnes) ne s’applique pas à Wakam, qui est un assureur dommages, non un assureur vie ou de prévoyance.

Il est essentiel de rappeler que Wakam n’est pas en liquidation. En cas de difficultés d’un assureur agréé, l’ACPR cherche en priorité un repreneur pour les portefeuilles de contrats avant d’en arriver à une procédure de liquidation. Les assurés dont les contrats sont actifs continuent d’être couverts normalement.

Pour les assurés qui souhaitent réduire leur exposition à ce type de risque, comparer les assureurs selon leur solidité financière reste la meilleure démarche préventive. Les ratios de solvabilité publiés dans les rapports SFCR — disponibles sur le site de l’ACPR — permettent d’évaluer la robustesse de chaque assureur. Pour les professionnels qui utilisent Wakam comme porteur de risque, l’assurance pro nécessite une vigilance accrue sur la continuité du porteur de risque et les clauses de substitution prévues dans les accords de partenariat.

Questions fréquentes

Wakam demeure agréé par l’ACPR et aucune mesure de retrait d’agrément n’a été publiée. L’assureur a reçu plus de 144 M€ de soutien financier de ses actionnaires depuis 2024. La situation reste sous surveillance réglementaire renforcée, mais une faillite n’est pas une conclusion inévitable. L’ACPR dispose de nombreux outils d’intervention — plan de redressement, transfert de portefeuille, mise sous administration provisoire — avant d’en arriver à une liquidation.

Lisez attentivement vos conditions générales ou votre attestation d’assurance. La mention « Wakam SA », « La Parisienne Assurances » ou le numéro d’agrément ACPR 221952 identifie Wakam comme porteur de risque. Pour les contrats souscrits via des plateformes digitales (Lovys, +Simple, Qover, Zego…), vérifiez les conditions particulières : le porteur de risque peut avoir changé suite aux restructurations en cours.

Tant que l’assureur est agréé par l’ACPR, votre contrat est valide et vos sinistres doivent être indemnises normalement. Si vous souhaitez anticiper, vous pouvez résilier pour motif légitime ou attendre l’échéance annuelle, conformément à la loi Hamon pour les assurances auto et habitation. Consultez notre comparateur d’assurances pour trouver un assureur avec un ratio de solvabilité solide.