Illustration : Rapport CCR 2026 : 14 recommandations pour préserver le régime Cat-Nat
Legislation

Rapport CCR 2026 : 14 recommandations pour préserver le régime Cat-Nat

Remis au ministre de l'Économie le 13 février 2026, le quatrième rapport annuel de la CCR dresse un état des lieux alarmant et formule 14 recommandations pour préserver l'assurabilité des 36 millions de biens assurés contre les catastrophes naturelles en France.

La Caisse Centrale de Réassurance a remis le 13 février 2026 au ministre de l'Économie son quatrième rapport annuel sur le régime d'indemnisation des catastrophes naturelles. Face à 8 années consécutives de déficit et à des projections climatiques alarmantes — de +40 % à +85 % des sinistres selon les périls d'ici 2050 —, la CCR formule 14 recommandations pour maintenir l'assurabilité des 36 millions de biens assurés en France.

Un régime sous tension financière

Le régime d'indemnisation des catastrophes naturelles, créé par la loi du 13 juillet 1982, a versé 61,2 milliards d'euros d'indemnisations sur la période 1982-2024, à raison d'une moyenne de 2,52 milliards d'euros par an au cours des huit dernières années. Or ses recettes ne suivent plus la sinistralité croissante.

Selon les données publiées par la CCR, le régime a accusé un déficit pendant 8 années consécutives, amputant ses réserves de plus de 2,5 milliards d'euros. L'année 2022 a constitué un pic historique à 3,9 milliards d'euros de sinistres, portée à 91 % par la seule sécheresse géotechnique (RGA). Depuis 2019, le coût annuel moyen de la sécheresse s'établit à 1,35 milliard d'euros — soit le double de la moyenne historique enregistrée entre 1989 et 2018.

Pour répondre à l'urgence, la surprime Cat-Nat prélevée sur toutes les primes dommages-biens a été relevée en janvier 2025 : de 12 % à 20 % pour les biens immobiliers (habitation, locaux professionnels) et de 6 % à 9 % pour l'assurance auto. Cette hausse représente environ 41 euros supplémentaires par an et par ménage ; elle a permis de combler un déficit cumulé de 1,9 milliard d'euros. Mais selon la CCR, cette mesure seule ne suffit pas à garantir la pérennité du régime face à l'accélération du dérèglement climatique.

Les tempêtes Nils et Pedro de février 2026 l'ont rappelé brutalement : le bilan de ces seules intempéries hivernales s'élève à 1,2 milliard d'euros, dont 900 millions pour les dommages tempête et 290 millions pour les inondations indemnisées sous le régime Cat-Nat (source CCR / France Assureurs).

Les 14 recommandations de la CCR

Le rapport structure ses 14 préconisations en trois axes stratégiques.

Axe 1 — Maintenir l'équilibre public-privé (P1 à P3)

La CCR recommande de réserver le régime Cat-Nat aux événements d'intensité vraiment exceptionnelle (temps de retour supérieur à 10 ans), d'analyser systématiquement l'utilité collective avant toute extension du périmètre couvert, et de renforcer la surveillance des risques émergents — émeutes, feux de forêt, cyber — par des outils d'intelligence artificielle pour anticiper les situations de carence de marché.

Axe 2 — Prévention et adaptation climatique (P4 à P9)

C'est l'axe le plus innovant du rapport. La CCR propose d'affecter 12 % de la surprime Cat-Nat à la prévention, ce qui dégagerait environ 510 millions d'euros par an dédiés à l'adaptation. Elle recommande également de transformer le fonds individuel RGA (50 M€/an) en mécanisme multi-périls couvrant aussi les inondations et les vents cycloniques, et de systématiser la reconstruction résiliente après sinistre (principe "Build Back Better").

Ce dernier point fait déjà écho dans la législation française : la loi Barusseau, adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 8 avril 2026, prévoit précisément la fin de la reconstruction à l'identique pour les biens en zone à risque élevé. La recommandation P12, qui demande l'indexation des franchises légales sur l'inflation du coût de la construction, pourrait constituer la prochaine étape réglementaire.

La démonstration économique de la prévention est solide : selon le rapport, chaque euro investi en prévention économise 3 euros de sinistres dans la décennie suivante. Sur dix ans, les opérations financées par le Fonds Barnier auraient permis d'éviter 3 milliards d'euros de dommages.

Axe 3 — Maintenir l'assurabilité à long terme (P10 à P14)

La CCR demande de recourir en priorité aux mécanismes de marché avant d'envisager des interventions publiques directes (P10), d'évaluer les effets des hausses de surprime déjà actées avant d'enclencher des mécanismes d'ajustement automatiques (P11), et d'indexer les franchises légales sur l'inflation de la construction (P12). Elle propose également de faciliter l'accès au Bureau Central de Tarification pour les assurés des zones exposées qui se voient refuser une couverture par le marché privé (P13), et d'étudier l'impact du risque climatique sur l'accès au crédit immobilier dans les zones à risque (P14).

Le défi du changement climatique à horizon 2050

Les études prospectives de la CCR permettent de quantifier l'enjeu sur le long terme. D'ici 2050, selon les scénarios du GIEC :

  • Coût global des sinistres Cat-Nat : +40 % à +60 % selon l'évolution des enjeux assurés
  • Submersion marine : +85 % du seul fait de l'aléa climatique
  • Sécheresse géotechnique (RGA) : +83 %, portée par l'élévation des températures estivales et la raréfaction des précipitations printanières
  • Inondations : +15 % à +38 %, avec de fortes disparités régionales selon l'altitude et la proximité des cours d'eau

Sur la période 2020-2050, le cumul des sinistres Cat-Nat pourrait atteindre 143 milliards d'euros, soit une hausse de 93 % par rapport à la période équivalente 1989-2019. La répartition actuelle des périls — 49 % inondations, 41 % sécheresse depuis 1982 — sera profondément bouleversée au profit des événements liés à la chaleur.

Face à ce défi, la CCR a créé en 2025 un Observatoire de l'assurabilité, chargé d'identifier en toute transparence les zones où le marché privé pourrait refuser de couvrir des biens trop exposés. Ce signal précoce doit permettre aux pouvoirs publics d'anticiper les politiques d'adaptation avant d'atteindre des situations irréversibles.

Ce que ça change pour les assurés

  • Propriétaires en zone exposée : les recommandations P12 et P13 visent à maintenir votre couverture assurance habitation même si vous habitez dans une commune à fort risque naturel. L'accès facilité au Bureau Central de Tarification est une protection directe contre le refus d'assurance. En revanche, les franchises légales pourraient augmenter dans les prochaines années si leur indexation sur l'inflation de la construction est adoptée par décret.
  • Victimes de sinistres récents (tempêtes Nils, Pedro, inondations) : la recommandation "Build Back Better" signifie que votre indemnisation pourrait financer non seulement la remise en état, mais aussi des travaux de résilience — rehaussement de planchers, étanchéification renforcée, drainage amélioré. Notre guide sur la procédure Cat-Nat et RGA détaille chaque étape du règlement de sinistre.
  • Futurs acquéreurs immobiliers : la recommandation P14 engage les pouvoirs publics à étudier l'impact du risque climatique sur l'accès au prêt immobilier dans les zones exposées. Avant tout achat, vérifier l'exposition Cat-Nat d'un bien via le système ERRIAL est désormais un réflexe indispensable.
  • Assurés auto : la surprime Cat-Nat sur l'assurance auto — passée de 6 % à 9 % en janvier 2025 — sera maintenue. Son évolution future dépendra de l'équilibre financier du régime. Pour comparer vos contrats auto et habitation et vérifier que vos garanties Cat-Nat sont bien en place, notre comparateur vous guide vers les meilleures offres du marché.

La pérennité du régime Cat-Nat est un enjeu collectif. Comme le rappelle la CCR, un régime affaibli expose des millions de ménages à des refus de couverture ou à des primes inabordables dans les zones les plus vulnérables. Les comparateurs de garanties et les conseils d'un courtier restent les meilleurs outils pour vérifier que votre protection est réellement à la hauteur des risques climatiques de votre région.

Questions fréquentes

La Caisse Centrale de Réassurance (CCR) est un organisme public créé en 1946 qui assure la réassurance obligatoire des assureurs privés pour les risques de catastrophes naturelles. Sans la CCR, les assureurs privés pourraient refuser de couvrir les sinistres Cat-Nat les plus importants. En contrepartie, ils lui cèdent une partie des primes perçues, et la CCR bénéficie d'une garantie illimitée de l'État. Elle publie chaque année depuis 2023 un rapport d'évaluation et de recommandations au ministre de l'Économie (source : ccr.fr).

La CCR recommande (P11) d'évaluer les effets de la hausse de 12 % à 20 % déjà actée en janvier 2025 avant d'envisager de nouveaux ajustements automatiques. Si les projections climatiques se confirment et que le régime repart en déficit, de nouvelles hausses ne peuvent pas être exclues à moyen terme. Le rapport souligne qu'il est préférable de maintenir la surprime à un niveau suffisant plutôt que de faire appel aux fonds publics (source : Rapport CCR 2026).

Vous disposez de 30 jours à compter de la publication de l'arrêté interministériel au Journal officiel pour déclarer votre sinistre à votre assureur. Joignez à votre déclaration une liste détaillée des dommages, des photos et les justificatifs des dépenses engagées en urgence. L'assureur doit verser une provision dans les 3 mois suivant la remise de l'état estimatif des pertes, puis le solde dans les 3 mois suivant l'accord sur leur montant définitif. Notre guide complet sur la procédure Cat-Nat et sécheresse détaille chaque étape.