Avec un déficit de l'Assurance Maladie projeté à 16 milliards d'euros en 2025 et la perspective de 41 milliards à l'horizon 2030, la CNAM avait déposé en juin 2025 un rapport de 60 mesures d'économies. Après les débats parlementaires, voici ce qui s'applique depuis le 1er janvier 2026 — et les 1,4 milliard d'euros de surcoût que vos mutuelles absorbent à votre place.
Ce que la LFSS 2026 a réellement adopté
Le rapport Charges et Produits de la CNAM, publié le 24 juin 2025 et adopté par son Conseil le 3 juillet 2025, formulait 60 propositions pour dégager 3,9 milliards d'euros d'économies dès 2026. Toutes n'ont pas été retenues dans la Loi de Financement de la Sécurité Sociale (LFSS) 2026, mais plusieurs mesures structurantes sont bien entrées en vigueur. Consulter le rapport officiel Charges et Produits 2026 de la CNAM.
Forfaits hospitaliers en hausse depuis mars 2026. Le forfait journalier hospitalier est passé de 20 € à 23 € par jour au 1er mars 2026 dans les établissements généraux, de 15 € à 17 € en psychiatrie, et de 19,61 € à 23 € pour les passages aux urgences. Les actes lourds font l'objet d'une participation forfaitaire relevée à 32 € depuis le 1er avril 2026. Ces hausses sont intégralement prises en charge par les contrats responsables de complémentaire santé : si vous disposez d'une bonne mutuelle, votre reste à charge direct est nul sur ce point. Pour vérifier vos garanties, consultez notre guide sur la mutuelle santé.
Plafonnement des arrêts de travail dès le 1er septembre 2026. À compter du 1er septembre 2026, les arrêts maladie prescrits par un médecin de ville seront plafonnés à 15 jours pour une primo-prescription, à un mois maximum après une hospitalisation, et à deux mois pour un renouvellement. Cette mesure vise à contenir la dérive des indemnités journalières, dont la croissance représente plusieurs centaines de millions d'euros de dépenses supplémentaires chaque année. Les pathologies chroniques nécessitant des arrêts longs devront impérativement être gérées via le médecin traitant et le protocole de soins ALD pour rester couvertes dans la durée.
ALD et médicaments : fin de la prise en charge systématique à 100 %. Pour les 14 millions de patients en affection de longue durée (ALD), un changement discret mais significatif s'applique depuis 2026 : les médicaments prescrits hors affection — c'est-à-dire non directement liés à la pathologie exonérante — ne sont plus automatiquement remboursés à 100 %. Le remboursement s'effectue désormais au taux de droit commun (entre 15 % et 65 % selon le médicament), et la complémentaire santé prend en charge le différentiel selon les garanties du contrat.
Médecins non conventionnés (secteur 3) : déremboursement total au 1er janvier 2027. Les soins réalisés par des médecins non conventionnés ne seront plus pris en charge par l'Assurance Maladie à partir du 1er janvier 2027. Les assurés qui consultent ces praticiens devront s'appuyer exclusivement sur leur complémentaire pour tout remboursement. Bilan détaillé pour les usagers publié par France Assos Santé.
Ce qui a été abandonné : les mesures rejetées
Face à la mobilisation des associations de patients et des organismes complémentaires, plusieurs mesures initialement envisagées dans les propositions de la CNAM ont été retirées du texte final de la LFSS 2026.
Le doublement des franchises médicales ne sera pas appliqué en 2026. Le gouvernement avait envisagé de doubler le plafond annuel des franchises (de 50 € à 100 €), de porter la franchise par boîte de médicaments à 2 € et les participations forfaitaires sur consultations à 4 €. Ces mesures auraient généré 2,3 milliards d'euros d'économies annuelles. Elles ont été abandonnées le 5 décembre 2025, notamment sous la pression conjointe de France Assos Santé, de la Mutualité Française et de plusieurs groupes parlementaires. Les franchises en vigueur depuis 2024 — 1 €/boîte de médicament, 2 €/consultation — restent inchangées.
Les cures thermales restent remboursées à 100 % pour les patients ALD. La proposition de ramener le remboursement des cures thermales de 100 % à 65 % pour les assurés en ALD (économie visée : 25 M€ par an) a été abandonnée en janvier 2026 après l'intervention du Conseil National des Établissements Thermaux. Pour les assurés sans ALD, le taux de remboursement de 65 % est inchangé pour 2026. La question du thermalisme reste néanmoins ouverte pour la concertation préalable au PLFSS 2027.
Ces abandons constituent un soulagement pour de nombreux assurés, en particulier les malades chroniques et les seniors. Mais France Assos Santé met en garde : les mesures non adoptées en 2026 « pourraient revenir dans le PLFSS 2027 ». La vigilance s'impose à l'automne prochain, lors de la présentation du prochain budget de la Sécurité sociale.
Le choc financier de 1,4 Md€ pour les mutuelles
Si les assurés ont été en partie protégés des mesures les plus directes, les organismes complémentaires d'assurance maladie (OCAM) — mutuelles, institutions de prévoyance, assureurs — ont subi un choc financier inédit en 2026 dépassant 1,4 milliard d'euros, résultant de deux mécanismes combinés.
D'une part, une taxe exceptionnelle de 1 milliard d'euros, calculée au taux de 2,05 % des cotisations perçues au titre de la santé complémentaire, a été adoptée dans la LFSS 2026 par 151 voix contre 131. La Fédération Nationale de la Mutualité Française (FNMF) dénonce une fiscalité globale sur les OCAM désormais supérieure à 15-16 % des primes, qu'elle qualifie d'« anomalie européenne » sans équivalent dans les pays voisins.
D'autre part, un transfert de charges de 400 millions d'euros résulte de la hausse des forfaits hospitaliers et de la participation aux actes lourds que les contrats responsables sont tenus de couvrir. Cette obligation structurelle des contrats responsables — qui concernent l'immense majorité des contrats collectifs et individuels — empêche les mutuelles de répercuter ces hausses sur l'assuré.
En contrepartie de cette double ponction, les OCAM ont été soumis à un gel de leurs cotisations pour toute l'année 2026 (amendement dit « Guedj »). Résultat : les mutuelles absorbent l'intégralité du surcoût sans pouvoir l'intégrer immédiatement dans leur tarification. Les hausses de cotisations non réalisées en 2026 sont attendues en 2027. Pour anticiper l'impact sur votre budget et comparer les offres avant la prochaine échéance, utilisez notre outil de comparaison des assurances santé.
Ce qui change concrètement pour votre remboursement
Voici le récapitulatif pratique selon votre situation :
- Vous êtes en ALD : Vérifiez si votre mutuelle couvre les médicaments prescrits hors affection. Les contrats d'entrée de gamme pourraient laisser un reste à charge sur ces ordonnances. Les contrats haut de gamme continuent de couvrir l'intégralité des prescriptions.
- Vous consultez un médecin non conventionné : À partir du 1er janvier 2027, l'Assurance Maladie ne remboursera plus rien sur ces consultations. Assurez-vous dès maintenant que votre complémentaire santé prévoit une prise en charge des honoraires libres. Retrouvez les offres adaptées sur notre page mutuelle santé.
- Vous prévoyez une hospitalisation : Le forfait journalier est passé à 23 €/jour. Si votre mutuelle couvre bien ce forfait (obligation des contrats responsables), votre reste à charge reste nul sur ce point.
- Vous bénéficiez de la CSS (Complémentaire Santé Solidaire) : Vos droits sont maintenus intégralement. La réforme 2026 ne modifie pas votre couverture.
- Votre médecin vous prescrit un arrêt maladie : Dès le 1er septembre 2026, les arrêts de plus de 15 jours en primo-prescription seront soumis à un contrôle renforcé. Anticipez en cas de pathologie chronique nécessitant des arrêts longs, en faisant établir un protocole de soins ALD si votre situation le justifie.
Sur l'optique, la concertation se poursuit. La FNMF a elle-même proposé d'allonger le délai de renouvellement des montures de 2 à 3 ans (économie estimée à 600 M€ pour les OCAM). Si cette mesure est retenue dans le PLFSS 2027, les contrats responsables devront être adaptés. Sur le 100 % Santé en revanche, de bonnes nouvelles : la liste s'est élargie en 2026 avec l'intégration des couronnes et bridges en zircone, de certains fauteuils roulants en location courte durée et de prothèses capillaires de classe II. Pour tout savoir sur les garanties prévoyance et santé à long terme, consultez notre guide dédié.
Questions fréquentes
Non. La LFSS 2026 impose un gel des cotisations des complémentaires santé pour toute l'année 2026, en contrepartie de la taxe exceptionnelle de 1 milliard d'euros imposée au secteur. Aucune hausse de cotisation n'est autorisée avant le 1er janvier 2027. En revanche, les mutuelles absorbent un surcoût de plus de 1,4 Md€ (taxe + transferts de charges hospitalières), ce qui laisse anticiper des hausses plus marquées lors du renouvellement 2027.
Non, le statut ALD en lui-même n'est pas remis en cause en 2026. En revanche, les médicaments prescrits hors affection (non directement liés à votre maladie chronique) ne sont plus automatiquement remboursés à 100 % par l'Assurance Maladie depuis 2026. Une révision des critères d'éligibilité pour certaines pathologies peu complexes (hypertension non compliquée, hypercholestérolémie, diabète de type 2 sans complications) est envisagée dans le cadre du PLFSS 2027, mais n'est pas encore adoptée.
Non pour les patients ALD : la mesure de déremboursement partiel des cures thermales a été abandonnée en janvier 2026, après la mobilisation des associations de patients et du Conseil National des Établissements Thermaux. Le remboursement à 100 % est maintenu pour les assurés ALD. Pour les assurés sans ALD, le taux de prise en charge de 65 % est inchangé pour 2026. La question d'une réforme du thermalisme reste ouverte dans les négociations du PLFSS 2027.