Le fonds en euros est le compartiment sécurisé de l'assurance vie, celui vers lequel se tournent les épargnants qui ne veulent pas risquer leur capital. Jusqu'ici, il était rarement présenté comme un outil de placement climatique. Generali France a annoncé le 15 juillet le lancement de Vertessima, un fonds en euros qui exclut le financement de nouveaux projets d'énergies fossiles. Voici ce que contient cette annonce, ce que signifient concrètement les termes employés, et comment elle se situe dans un marché de l'épargne français en forte collecte.
Ce que Generali France annonce
Generali France a présenté un nouveau fonds en euros baptisé Vertessima, bâti sur une politique d'investissement qui écarte les hydrocarbures. Sur la page où l'assureur détaille son offre, Generali indique écarter du portefeuille charbon, pétrole et gaz, en ciblant particulièrement le financement de nouvelles capacités de production. D'autres filtres complètent le dispositif selon l'assureur : armes controversées, tabac, ou manquements aux normes internationales protégeant les droits humains.
Sur le plan réglementaire, Generali France range ce support dans la catégorie relevant de l'Article 8 du règlement SFDR. L'assureur assortit par ailleurs le lancement d'un plancher de rémunération : 3 % nets minimum annoncés pour les millésimes 2026 et 2027. Generali précise que cet engagement couvre les souscriptions et versements réalisés jusqu'au 31/12/2026.
Côté distribution, la commercialisation démarre en circuit court. Generali France loge d'abord le support dans les contrats Goodvie (Goodvest) et GG Planet (Green-Got), deux offres d'épargne en ligne à orientation climatique, avant un déploiement annoncé auprès d'autres partenaires puis des réseaux d'agents généraux, de courtiers et de conseillers en gestion de patrimoine.
L'annonce s'adosse à un constat sur les attentes des épargnants : Generali cite un sondage dans lequel 76 % des personnes interrogées jugent important l'effet environnemental de leurs placements. Pour situer l'acteur, Generali France revendique 19,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires sur l'exercice 2025, 8 millions de clients, particuliers comme entreprises, et un réseau de 9 300 collaborateurs et agents généraux.
Fonds en euros et exclusions : comment ça marche
Un rappel s'impose sur le vocabulaire, car c'est là que se joue la compréhension de l'annonce. Dans un contrat d'assurance vie, le fonds en euros est le support sur lequel le capital versé est garanti par l'assureur, hors frais de gestion. C'est ce qui le distingue des unités de compte, dont la valeur suit les marchés et peut baisser. Le rendement d'un fonds en euros n'est pas un taux d'intérêt contractuel classique : il résulte de la participation aux bénéfices, c'est-à-dire de la redistribution des résultats techniques et financiers du fonds. Le Code des assurances encadre ce mécanisme et prévoit que le contrat précise les conditions d'affectation des bénéfices techniques et financiers.
Un taux garanti sur plusieurs années, comme celui annoncé par Generali, est donc un engagement pris par l'assureur sur un plancher de participation aux bénéfices, assorti de conditions de souscription. C'est un mécanisme courant sur les lancements de fonds, qui se distingue du rendement définitivement servi, lequel est arrêté chaque année.
Quant à la mention « Article 8 », elle renvoie à la classification européenne des produits financiers selon leur degré d'ambition durable. Un produit relevant de cette catégorie promeut des caractéristiques environnementales ou sociales et doit publier une information dédiée. La transparence extra-financière des acteurs de la gestion est par ailleurs une obligation de droit français : depuis la loi énergie-climat, les sociétés de gestion de portefeuille mettent à la disposition de leurs souscripteurs et du public un document retraçant leur politique sur la prise en compte dans leur stratégie d'investissement des critères environnementaux, sociaux et de qualité de gouvernance. Autrement dit, l'investisseur dispose de documents publics pour vérifier par lui-même la politique appliquée.
💡 Conseil
Sur un fonds en euros « durable », deux documents méritent d'être lus avant de signer : la note d'information ou les conditions générales du contrat, qui donnent les frais et les garanties, et la documentation extra-financière du support, qui détaille la politique d'exclusion. Les deux sont disponibles auprès de l'assureur ou du distributeur.
Un marché de l'assurance vie en pleine collecte
Cette annonce arrive dans un contexte d'épargne particulièrement dynamique. D'après les statistiques sectorielles publiées par France Assureurs, les versements cumulés sur les quatre premiers mois de l'année s'élèvent à 74,5 milliards d'euros, soit +12 % sur un an. Pour le seul mois d'avril, les cotisations ressortent à 17,6 milliards d'euros, en progression de +7 %, tandis que la collecte nette — versements moins retraits — atteint +5,2 milliards d'euros, son meilleur niveau pour un mois d'avril.
La masse gérée suit la même pente : l'encours total des contrats s'établit à 2 148 milliards d'euros à fin avril 2026, en progression de 6,1 % sur douze mois. Le partage entre supports reste par ailleurs très ouvert : les unités de compte captent 33 % des versements du mois et 39 % depuis janvier, le solde allant aux fonds en euros, qui restent donc majoritaires dans la collecte. C'est ce qui donne son enjeu au sujet : un fonds en euros touche un public bien plus large qu'un support thématique en unités de compte.
Le poids de l'assurance vie dans l'épargne des ménages s'est d'ailleurs renforcé. Les travaux de l'Autorité des marchés financiers relèvent qu'elle est devenue, pour la première fois depuis 2015, la première destination des flux de placement des ménages, devant les dépôts bancaires, avec 52 milliards d'euros investis. Côté préférences, les épargnants restent attachés à la sécurité : les supports garantis arrivent largement en tête des placements privilégiés, à 40 %, loin devant les actions cotées ou les crypto-actifs. Ils réclament aussi de la lisibilité, 70 % d'entre eux se disant attentifs à l'usage qui est fait de leur épargne. Un fonds en euros assorti d'une politique d'exclusion explicite se situe précisément à l'intersection de ces deux attentes. Nous détaillions récemment l'évolution des rendements servis sur les fonds en euros et son effet sur la collecte.
Ce que ça change pour votre épargne
Pour un épargnant, l'intérêt principal est l'élargissement du choix : il devient possible d'appliquer une politique d'exclusion sectorielle sans quitter la partie garantie du contrat. Jusqu'à présent, l'investissement thématique passait surtout par les unités de compte, donc avec un risque de perte en capital. Ici, la garantie en capital propre au fonds en euros est conservée, hors frais de gestion.
Trois réflexes pratiques, valables pour ce support comme pour n'importe quel fonds en euros. D'abord, vérifier les frais : frais sur versement, frais de gestion annuels du support, et éventuels frais d'arbitrage figurent dans la documentation contractuelle, disponible auprès de l'assureur ou du distributeur. Ensuite, regarder les conditions attachées à un taux garanti — période de souscription, éventuelle part minimale en unités de compte, durée d'engagement. Enfin, ne pas confondre le support et le contrat qui le loge : c'est le contrat qui porte les frais, les options de gestion et la fiscalité applicable en cas de rachat ou de transmission.
Il est aussi utile de rappeler que l'assurance vie reste disponible. La loi oblige l'assureur à honorer les demandes de rachats dans un délai ne pouvant excéder deux mois (article L. 132-21 du Code des assurances). L'épargne placée sur un fonds en euros n'est donc pas bloquée, contrairement à une idée répandue. Pour arbitrer entre plusieurs offres, mieux vaut s'appuyer sur des critères de comparaison stables plutôt que sur le seul rendement de l'année écoulée, et replacer le support dans l'ensemble de vos contrats d'assurance vie et de prévoyance.
⚠️ Attention
Un taux garanti annoncé au lancement d'un fonds ne préjuge pas des rendements des années suivantes, qui sont fixés chaque année par l'assureur. La garantie en capital d'un fonds en euros s'entend par ailleurs hors frais de gestion : un rendement inférieur aux frais peut faire reculer la valeur nette de l'épargne.
Questions fréquentes
C'est le support garanti d'un contrat d'assurance vie : le capital versé est garanti par l'assureur, hors frais de gestion, contrairement aux unités de compte dont la valeur suit les marchés. Sa rémunération repose sur la participation aux bénéfices, et le Code des assurances impose que le contrat précise les conditions d'affectation des bénéfices techniques et financiers.
Elle désigne, dans la réglementation européenne sur la publication d'informations en matière de durabilité, un produit financier qui promeut des caractéristiques environnementales ou sociales et publie une information dédiée à ce sujet. C'est une catégorie de transparence : elle décrit un niveau d'information obligatoire, elle ne constitue pas un label de performance environnementale ni une garantie de rendement.
Sur un fonds en euros, oui, la garantie en capital est une caractéristique du support, mais elle s'entend hors frais de gestion. Autrement dit, les sommes versées ne peuvent pas baisser du fait des marchés, mais les frais annuels viennent en déduction du rendement servi. Le détail figure dans les conditions générales du contrat.
Un taux garanti de participation aux bénéfices est un plancher que l'assureur s'engage à servir sur la période concernée, sous les conditions qu'il a lui-même définies. Generali affiche ainsi 3 % nets minimum pour les millésimes 2026 et 2027, réservés aux souscriptions et versements effectués dans la fenêtre indiquée. Au-delà, le rendement est arrêté chaque année.
Oui. Un contrat d'assurance vie peut faire l'objet d'un rachat partiel ou total à tout moment, et la loi oblige l'assureur à honorer les demandes de rachats dans un délai ne pouvant excéder deux mois (article L. 132-21 du Code des assurances). Seule la fiscalité applicable varie selon l'ancienneté du contrat.
Dans la documentation contractuelle du contrat qui loge le support : conditions générales, note d'information et document d'informations clés. Ces documents sont remis avant la souscription et restent disponibles auprès de l'assureur ou du distributeur. Pour la politique d'exclusion appliquée au support, c'est la documentation extra-financière du fonds qu'il faut consulter.
Sources officielles
- Generali France — communiqué de presse — 15/07/2026
- France Assureurs — communiqué, chiffres de l'assurance vie — 01/06/2026
- Autorité des marchés financiers — Baromètre de l'épargne et de l'investissement — 12/2025
- Autorité des marchés financiers — Cartographie des marchés et des risques — 07/2025
- Légifrance — loi énergie-climat, art. 29 — 09/11/2019
- Légifrance — Code des assurances, art. L. 132-5 — en vigueur