Depuis le 1er janvier 2026, trois évolutions fiscales importantes modifient le Plan d'épargne retraite (PER). Publiées par le gouvernement le 29 avril 2026 et issues de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026, ces réformes touchent directement les 11 millions de titulaires d'un PER en France, dont l'encours global dépasse 141 milliards d'euros. Que vous prépariez votre retraite, que vous ayez déjà atteint 70 ans ou que votre revenu soit irrégulier, ces modifications méritent une attention particulière pour adapter votre stratégie d'épargne.
La CSG passe de 17,2 % à 18,6 % sur les gains du PER
Le premier changement concerne tous les titulaires d'un PER, sans exception. Les prélèvements sociaux appliqués aux gains générés sur le plan sont augmentés de 1,4 point, passant de 17,2 % à 18,6 %. Cette hausse découle d'une augmentation de la Contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus du capital, inscrite dans la LFSS 2026.
Cette modification touche les gains réalisés aussi bien en cas de retrait en capital qu'en cas de sortie en rente. Elle s'applique à l'ensemble des sommes retirées à partir du 1er janvier 2026, quelle que soit la date à laquelle les gains ont été générés. Un épargnant qui retire 30 000 € de gains accumulés depuis dix ans voit sa facture de prélèvements sociaux passer de 5 160 € (à 17,2 %) à 5 580 € (à 18,6 %), soit 420 € supplémentaires.
Sur la durée d'une épargne longue, l'effet peut être significatif. Pour un PER dont les gains s'élèvent à 80 000 € au moment du départ en retraite, la différence entre l'ancien et le nouveau taux représente 1 120 €. L'avantage fiscal à l'entrée — la déductibilité des versements du revenu imposable — reste néanmoins supérieur à ce coût supplémentaire pour la majorité des contribuables soumis à une tranche marginale d'imposition de 30 % ou plus.
Service-public.fr a confirmé le 29 avril 2026 que c'est la date du retrait, et non celle des versements, qui détermine le taux de prélèvements sociaux applicable. Les contrats issus d'anciens dispositifs (PERP, Madelin, PERCO) transférés vers un PER subissent également cette hausse lors de tout retrait effectué à partir de 2026.
Il convient également de noter que cette hausse de la CSG s'applique simultanément à d'autres placements financiers — assurance vie, PEA, livrets fiscalisés — selon des modalités propres à chaque enveloppe. Le PER reste toutefois l'un des rares supports permettant de déduire les versements du revenu imposable, ce qui atténue l'impact de la hausse pour les profils les plus imposés.
Fin de la déductibilité des versements après 70 ans
Deuxième modification majeure : depuis le 1er janvier 2026, les versements volontaires effectués par un épargnant de 70 ans ou plus ne donnent plus droit à une déduction du revenu imposable. Avant cette réforme, la déductibilité était ouverte sans limite d'âge, ce qui permettait à des retraités aisés de continuer à verser sur leur PER uniquement pour profiter de l'avantage fiscal à l'entrée, sans réelle vocation de préparation retraite.
Cette règle vise à rééquilibrer l'avantage fiscal en faveur des épargnants qui ont encore plusieurs années devant eux avant de liquider leur retraite. Elle instaure en contrepartie un mécanisme de compensation à la sortie : les sommes versées après 70 ans, bien que non déductibles à l'entrée, seront exonérées d'impôt sur le revenu lors du retrait en capital. Seuls les gains générés sur ces versements post-70 ans restent soumis à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux.
Prenons un exemple concret. Un retraité de 73 ans verse 6 000 € sur son PER en 2026. Il ne pourra pas déduire cette somme de ses revenus imposables. En revanche, s'il retire ce capital à 80 ans, les 6 000 € de principal seront exonérés d'impôt sur le revenu. Seuls les gains éventuellement produits sur cette somme resteront soumis à l'IR et aux prélèvements sociaux.
Il est important de préciser que cette règle ne s'applique qu'aux versements réalisés à compter du 1er janvier 2026. Tous les versements antérieurs à cette date, même pour des titulaires aujourd'hui âgés de plus de 70 ans, conservent leur traitement fiscal d'origine, avec la déductibilité à l'entrée et la taxation ordinaire à la sortie. Pour ceux qui ont largement versé avant 70 ans, l'impact reste donc limité aux nouveaux versements.
Pour les personnes qui s'interrogent sur l'intérêt du PER passé 70 ans, la comparaison avec l'assurance vie mérite d'être recalculée. L'assurance vie conserve ses propres avantages successoraux, notamment les abattements de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans. Pour les versements après 70 ans en assurance vie, seuls 30 500 € sont exonérés globalement, mais c'est une alternative à considérer pour optimiser la transmission du patrimoine, notamment en lien avec la fiscalité des versements après 70 ans.
Le délai de rattrapage fiscal passe de 3 à 5 ans
La troisième réforme constitue une amélioration pour les épargnants qui n'ont pas utilisé la totalité de leur plafond de déduction PER au cours des années passées. Le mécanisme de "rattrapage fiscal" — qui permet d'imputer sur les versements de l'année en cours les plafonds non utilisés des années précédentes — voit sa fenêtre temporelle étendue de 3 à 5 ans.
Pour comprendre l'enjeu, rappelons le fonctionnement de ce dispositif. Chaque année, chaque épargnant dispose d'un plafond de déduction pour ses versements PER, calculé en fonction de ses revenus professionnels : en règle générale, 10 % des revenus nets imposables de l'année précédente, plafonnés à 10 % de huit fois le Plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS). Si ce plafond n'est pas intégralement utilisé, il peut être reporté pour être cumulé avec le plafond courant.
Jusqu'au 31 décembre 2025, ce report n'était possible que sur les 3 années précédant l'année de versement. À compter des versements effectués en 2026, ce délai est porté à 5 ans. Un indépendant dont les revenus ont été faibles en 2021, 2022 et 2023 mais connaît une bonne année 2026 peut désormais mobiliser jusqu'à 6 plafonds cumulés — le plafond courant plus les 5 années de report — pour maximiser sa déduction fiscale sur cette seule bonne année.
Cette mesure est particulièrement avantageuse pour les professions à revenus variables : artisans, professions libérales, chefs d'entreprise, consultants indépendants. Selon la DREES, les PER ont collecté 21,4 milliards d'euros de cotisations en 2024, en hausse de 10 % en euros constants par rapport à 2023, et représentent désormais 77 % des cotisations de retraite supplémentaire en France. Les PER individuels — qui concentrent 10,1 milliards d'euros — sont la catégorie la plus concernée par cet avantage de rattrapage, car leurs titulaires sont souvent des travailleurs dont les revenus fluctuent.
Il est toutefois important de noter que le nouveau délai de 5 ans ne s'applique qu'aux plafonds non consommés à partir de 2026. Les plafonds antérieurs restent soumis à l'ancienne règle des 3 ans.
Ce que ces réformes changent selon votre profil
Ces trois modifications redessinent les paramètres d'optimisation du PER sans remettre en cause son intérêt fondamental pour la préparation à la retraite. Voici ce qu'elles impliquent concrètement selon votre situation :
- Vous avez moins de 60 ans : la déductibilité reste pleine et entière. La hausse de CSG à 18,6 % réduit marginalement le rendement net à la sortie, mais l'avantage fiscal à l'entrée demeure l'un des plus élevés de l'épargne française pour les contribuables imposés à 30 % ou plus. Profitez du délai de rattrapage étendu à 5 ans pour concentrer vos versements sur les années à hauts revenus.
- Vous approchez ou avez dépassé 70 ans : vos nouveaux versements ne sont plus déductibles, mais la sortie en capital de ces sommes sera exonérée d'IR. Recalculez l'arbitrage entre le PER et les autres enveloppes d'épargne disponibles sur notre guide assurance vie et prévoyance.
- Vous avez des revenus irréguliers (indépendant, profession libérale, dirigeant) : le rattrapage sur 5 ans est précisément adapté à votre profil. Planifiez vos versements sur les années à hauts revenus pour maximiser la déduction fiscale sur plusieurs exercices.
- Professionnels : les chefs d'entreprise qui souscrivent un PER collectif ou obligatoire doivent revoir leur politique de versements avec leur expert-comptable pour tenir compte de la nouvelle durée de report et de ses implications en trésorerie.
Pour comparer les meilleurs PER disponibles sur le marché et identifier le contrat le plus adapté à votre situation fiscale et patrimoniale, il est recommandé de solliciter un conseil personnalisé ou d'utiliser les outils de comparaison dédiés aux produits d'épargne retraite.
Questions fréquentes
Oui. C'est la date du retrait, et non celle des versements, qui détermine le taux applicable. Un retrait effectué en 2026 sur des gains accumulés depuis 2018 est donc soumis au taux de 18,6 %, même si ces gains ont été générés à l'époque où le taux était de 17,2 %. C'est une règle confirmée par service-public.fr dans sa mise à jour du 29 avril 2026.
Oui, absolument. La nouvelle règle ne s'applique qu'aux versements réalisés à compter du 1er janvier 2026 par un titulaire âgé de 70 ans ou plus. Tous les versements antérieurs à cette date conservent leur traitement fiscal d'origine : déductibilité à l'entrée et taxation ordinaire à la sortie (IR + prélèvements sociaux sur les gains).
Non. Le nouveau délai de 5 ans s'applique aux plafonds non consommés à partir de l'année 2026. Les plafonds non utilisés des années antérieures à 2026 restent soumis à l'ancien délai de report de 3 ans. Concrètement, en 2027, vous pourrez utiliser les plafonds de 2022, 2023, 2024, 2025 et 2026 en plus du plafond 2027, soit 5 années de report.