Obligations légales 2026

RC Pro : Est-ce Obligatoire ? La Loi et les Professions Concernées

Guide de référence sur les obligations légales de RC Pro en France : liste complète des professions réglementées, textes de loi applicables et risques pour les professionnels non assurés.

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Principe général : RC Pro obligatoire ou non ?

En France, la souscription d'une assurance de responsabilité civile professionnelle n'est pas universellement obligatoire. Le principe de liberté contractuelle prévaut : un professionnel est libre de souscrire ou non une assurance pour son activité, sauf lorsqu'une disposition légale spécifique l'en oblige.

Ces obligations légales existent pour des professions dites "réglementées", c'est-à-dire dont l'accès et l'exercice sont encadrés par la loi ou un règlement. Les raisons de ces obligations sont multiples : protéger les consommateurs et usagers, garantir la solvabilité des praticiens en cas de faute, et maintenir la confiance dans la profession.

Il convient toutefois de distinguer :

  • L'obligation légale : imposée par une loi ou un décret, dont la violation peut entraîner des sanctions pénales ou disciplinaires.
  • L'obligation contractuelle : imposée par un client, une plateforme de mise en relation ou un donneur d'ordre dans un contrat de prestation — sans être une loi, cette exigence empêche concrètement d'exercer sans RC Pro.
  • La recommandation : pour les professions non réglementées, l'absence de RC Pro constitue un risque financier majeur sans être une infraction.
A retenir — Le principe de précaution assurantiel Même pour les professions non réglementées, l'absence de RC Pro expose le professionnel à engager l'intégralité de son patrimoine personnel en cas de sinistre (art. 1240 Code civil). Les marchés publics, les appels d'offres privés et la majorité des grandes entreprises exigent systématiquement une attestation RC Pro valide avant toute signature de contrat de prestation.

Professions pour lesquelles la RC Pro est légalement obligatoire

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Professions médicales et de santé

Art. L1142-2 Code de la santé publique

L'article L1142-2 du Code de la santé publique impose à tout professionnel de santé exerçant à titre libéral de souscrire une assurance destinée à garantir sa responsabilité civile ou administrative susceptible d'être engagée en raison de dommages subis par des tiers résultant d'atteintes à la personne.

  • Médecins, chirurgiens, spécialistes
  • Chirurgiens-dentistes
  • Sages-femmes
  • Infirmiers, kinésithérapeutes, ostéopathes
  • Pharmaciens (responsabilité spécifique)
  • Psychologues cliniciens en exercice libéral
Sanction : interdiction d'exercer + amende pouvant aller jusqu'à 45 000 € (art. L1142-25 CSP)

Avocats

Art. 207 Décret 91-1197 du 27 novembre 1991

L'article 207 du Décret n°91-1197 du 27 novembre 1991 organisant la profession d'avocat impose à chaque avocat inscrit à un barreau de justifier qu'il est assuré contre les conséquences pécuniaires de la responsabilité civile professionnelle qu'il peut encourir. Le plafond minimum légal est de 1,5 million d'euros par sinistre.

  • Avocats au Barreau (toutes spécialisations)
  • Sociétés d'avocats (SARL, SAS d'exercice)
  • Avocats associés dans des structures collectives
Sanction : radiation du Barreau — l'assurance est vérifiée annuellement par l'Ordre.
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Agents immobiliers et administrateurs de biens

Loi Hoguet n°70-9 du 2 janvier 1970 + Décret 72-678

La Loi Hoguet et son décret d'application imposent aux agents immobiliers, administrateurs de biens et syndics de copropriété la souscription d'une assurance de responsabilité civile professionnelle. L'attestation doit figurer sur tous les documents professionnels. Le plafond minimum légal est fixé à 110 000 € par sinistre (art. 49-1 Décret 72-678).

  • Agents immobiliers (transactions)
  • Administrateurs de biens (gestion locative)
  • Syndics de copropriété
  • Marchands de listes
Sanction : perte de la carte professionnelle délivrée par la CCI, sans laquelle l'exercice est impossible.
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Architectes et maitres d'oeuvre

Loi n°77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture

L'article 16 de la Loi du 3 janvier 1977 sur l'architecture impose à tout architecte inscrit à l'Ordre de souscrire une assurance couvrant sa responsabilité civile professionnelle pour les actes accomplis dans l'exercice de sa profession. L'inscription à l'Ordre des Architectes est conditionnée à la présentation d'une attestation d'assurance valide.

  • Architectes DPLG et DE inscrits à l'Ordre
  • Agences d'architecture
  • Maitres d'oeuvre (assurance RC Pro + selon les cas assurance décennale)
Sanction : radiation de l'Ordre des Architectes, rendant l'exercice illégal de la profession.
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Experts-comptables et commissaires aux comptes

Ordonnance n°45-2138 du 19 septembre 1945

L'Ordonnance de 1945 portant institution de l'Ordre des experts-comptables impose la couverture RC Pro à tout membre exerçant. La responsabilité de l'expert-comptable peut être engagée pour les erreurs, omissions ou négligences commises dans l'exercice de ses missions. Les commissaires aux comptes sont soumis à des règles similaires via leur Compagnie nationale (CNCC).

  • Experts-comptables en cabinet
  • Experts-comptables salariés en société d'expertise
  • Commissaires aux comptes
Sanction : radiation de l'Ordre, incompatible avec l'exercice de la profession.
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Artisans et entreprises du bâtiment

Loi Spinetta n°78-12 du 4 janvier 1978 + Art. L241-1 Code des assurances

La Loi Spinetta du 4 janvier 1978, codifiée notamment aux articles L241-1 à L241-9 du Code des assurances, impose une double obligation aux constructeurs : l'assurance de responsabilité civile décennale et, de fait, la RC Pro pour les dommages causés pendant le chantier. Tout constructeur doit être en mesure de fournir une attestation d'assurance avant l'ouverture de tout chantier.

  • Maçons, plâtriers, carreleurs, couvreurs
  • Plombiers, électriciens, chauffagistes
  • Menuisiers, charpentiers, peintres en bâtiment
  • Promoteurs immobiliers et constructeurs de maisons individuelles
Sanction : délit pénal (art. L243-3 Code des assurances), amende jusqu'à 75 000 € et jusqu'à 6 mois d'emprisonnement. Le maître d'ouvrage peut également refuser l'ouverture du chantier.
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Organisateurs de voyages et agences de tourisme

Art. L211-18 Code du tourisme + Directive européenne 2015/2302

L'article L211-18 du Code du tourisme impose aux opérateurs de voyages et de séjours (agences de voyages, tour-opérateurs, plateformes de réservation) de disposer d'une garantie de responsabilité civile professionnelle. Cette obligation vise à protéger les voyageurs en cas de manquement à leurs obligations contractuelles et d'insolvabilité de l'opérateur.

  • Agences de voyages traditionnelles
  • Tour-opérateurs et voyagistes
  • Organisateurs de séjours et circuits
Sanction : retrait d'immatriculation par Atout France, rendant l'activité illégale.
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Courtiers, agents généraux et intermédiaires en assurance

Art. L512-6 et L512-7 Code des assurances

Les intermédiaires en assurance (courtiers, agents généraux, mandataires) doivent justifier d'une RC Pro conformément aux articles L512-6 et L512-7 du Code des assurances. Cette obligation est vérifiée lors de l'inscription et du renouvellement annuel sur le registre de l'ORIAS.

  • Courtiers en assurances inscrits ORIAS
  • Agents généraux d'assurances
  • Mandataires d'assurance et mandataires non exclusifs
  • Intermédiaires en opérations de banque (IOB)
Sanction : radiation de l'ORIAS, interdiction d'exercice.

Tableau récapitulatif des obligations RC Pro

Profession Obligation Texte de référence Plafond minimum légal
Professionnels de santé Obligatoire Art. L1142-2 CSP 3 M€ par sinistre (décret)
Avocats Obligatoire Art. 207 Décret 91-1197 1,5 M€ par sinistre
Agents immobiliers Obligatoire Loi Hoguet 70-9 / Décret 72-678 110 000 € par sinistre
Architectes Obligatoire Loi 77-2 du 03/01/1977 Non fixé légalement
Experts-comptables Obligatoire Ordonnance 45-2138 Non fixé légalement
Artisans BTP (décennale) Obligatoire Loi Spinetta 78-12 / Art. L241-1 CA Non fixé pour RC Pro
Organisateurs de voyages Obligatoire Art. L211-18 Code tourisme Non fixé légalement
Courtiers / intermédiaires assurance Obligatoire Art. L512-6 et L512-7 CA 1,25 M€ par sinistre (directive européenne)
Consultants / freelances Non obligatoire légalement Art. 1240 Code civil (resp. de droit commun) Aucun minimum légal
Développeurs / ESN Non obligatoire légalement Art. 1240 Code civil Aucun minimum légal

Pour les professions non réglementées : pourquoi souscrire quand même ?

L'absence d'obligation légale ne signifie pas l'absence de risque. Au contraire, les professions non réglementées — consultants, coaches, graphistes, développeurs, formateurs, photographes, traducteurs — sont souvent exposées à des mises en cause importantes, notamment pour :

  • Erreur ou omission dans une prestation : un conseil mal formulé, un document incomplet, une analyse erronée
  • Non-respect d'un délai contractuellement engagé avec des pénalités associées
  • Atteinte aux droits de propriété intellectuelle d'un tiers (droits d'auteur, marques)
  • Violation de la confidentialité ou fuite de données d'un client

Le cas particulier de l'auto-entrepreneur sans RC Pro

L'auto-entrepreneur (micro-entrepreneur) présente une caractéristique juridique importante : bien que le régime soit conçu pour simplifier l'entreprise individuelle, il n'offre pas de séparation automatique du patrimoine professionnel et personnel (contrairement à l'EURL ou la SARL).

Depuis la réforme de 2022 (Loi n°2022-172 du 14 février 2022), l'entrepreneur individuel bénéficie d'un statut unique avec une séparation légale entre patrimoine professionnel et personnel. Toutefois, cette protection a ses limites : les créanciers professionnels peuvent toujours, dans certains cas, faire valoir leurs droits sur le patrimoine personnel si l'activité n'est pas suffisamment distincte.

La RC Pro reste donc indispensable pour l'auto-entrepreneur, non seulement pour se protéger financièrement, mais aussi parce que la très grande majorité des donneurs d'ordre en B2B (ETI, grandes entreprises, administrations, plateformes de freelance professionnelles) l'exigent contractuellement avant toute mission.

⚖ Jurisprudence — Cass. Civ. 1ère, mise en cause d'un professionnel non assuré

La Cour de Cassation a régulièrement confirmé la responsabilité de plein droit des professionnels dont l'activité cause un préjudice à leurs clients. Dans plusieurs arrêts, elle a souligné que l'absence d'assurance ne constitue pas une cause d'exonération : le professionnel non assuré reste intégralement tenu à réparation sur son patrimoine propre. La jurisprudence protège les victimes, pas les professionnels non couverts. (Cass. Civ. 1ère, principes réaffirmés, 2024)

Questions fréquentes

  • En France, les professions réglementées légalement tenues d'avoir une RC Pro incluent notamment : professions médicales et paramédicales (Art. L1142-2 CSP), avocats (Art. 207 Décret 91-1197), architectes (Loi 77-2), agents immobiliers et syndics (Loi Hoguet 70-9), experts-comptables (Ordonnance 45-2138), artisans du bâtiment (Loi Spinetta 78-12 pour la décennale et RC Pro), organisateurs de voyages (Art. L211-18 Code du tourisme) et intermédiaires en assurance (Art. L512-6 Code des assurances). D'autres professions réglementées moins connues peuvent également être concernées.
  • Pour les professions réglementées, exercer sans RC Pro peut entraîner des sanctions disciplinaires (suspension ou radiation de l'ordre professionnel) et constituer une infraction pénale. Pour les professions non réglementées, il n'y a pas de sanction directe de l'État, mais le risque est financier majeur : en cas de sinistre, l'auto-entrepreneur engage son patrimoine personnel. De plus, l'absence de RC Pro peut constituer une inexécution contractuelle si le client l'avait exigée dans le contrat de prestation.
  • Elle est légalement obligatoire pour les micro-entrepreneurs exerçant dans des professions réglementées (artisans BTP, agents immobiliers, professions de santé, etc.). Pour les autres activités en micro-entreprise, elle n'est pas légalement imposée mais reste fortement recommandée. Dans les faits, les plateformes B2B, les marchés publics et la plupart des grandes entreprises l'exigent contractuellement avant de référencer un prestataire ou de signer une mission.
  • Les artisans du bâtiment doivent disposer des deux : l'assurance décennale (Art. L241-1 Code des assurances, Loi Spinetta) couvre les dommages compromettant la solidité de l'ouvrage ou le rendant impropre à sa destination, pendant 10 ans après réception des travaux. La RC Pro couvre les dommages causés pendant le chantier (dommages à des tiers, accidents, dégradations) et hors du champ décennal. Les deux contrats sont obligatoires et complémentaires.
  • Oui, absolument. Lorsqu'une société emploie des professionnels réglementés (médecins, architectes, experts-comptables, avocats...), la RC Pro est obligatoire au niveau de la structure, en plus éventuellement de la couverture individuelle de chaque professionnel. Les ordres professionnels encadrent strictement les règles de couverture pour les structures d'exercice collectif : sociétés d'exercice libéral (SEL, SELAS), sociétés civiles professionnelles (SCP), groupements d'exercice (GIE), etc.

Rédaction EchangesAssurances.org

Contenu rédigé et mis à jour par la rédaction d'EchangesAssurances.org. Sources officielles : service-public.fr, Légifrance, ACPR Banque de France, Direction générale du Trésor. Dernière mise à jour : mars 2026.

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